Archive pour décembre 2010

Y a-t-il une vision des transports à Castanet ?

vendredi 31 décembre 2010

Voilà une question importante, et qui prend tout son sel quand on a subi la réunion sur le réaménagement de l’avenue Salettes et Manset.

Rappelons le contexte : une réunion organisée alors que personne ne semblait au courant du projet de réaménagement, l’opposition ayant même découvert ce projet dans La Dépêche. Un projet déjà ficelé, sur lequel les riverains ont été appelés à donner leur avis, uniquement pour suggérer des aménagements qui peut-être seront pris en compte (ou pas).

La façon de procéder est symptomatique : aucune concertation, pas d’indication sur une vision d’ensemble. Cela rappelle en tous points la stratégie d’urbanisation (on vend les terrains, et advienne que pourra). Oh pardon, je suis mauvaise langue : il y a de la concertation, puisqu’on demande aux riverains quels aménagements ils veulent !

Parlons-en donc de cette réunion. Sur la forme d’abord. Arnaud Lafon a été on ne peut plus clair : inutile de vouloir autre chose que des aménagements genre dos d’âne, car des choses plus importantes remettraient en cause du projet. Et puisque son objectif était de donner l’apparence de la concertation dans La Dépêche mais pas dans la réunion, il a vertement répondu à ceux qui osaient remettre en cause le projet. Avec beaucoup d’élégance : « Si vous voulez qu’on s’avoine, on va s’avoiner. [On termine d’abord sur le projet] et on va s’envoyer les tartes réciproquement. » Répétez après moi : con-cer-ta-tion !

Et puis le fond. La présentation a uniquement indiqué comment la rue serait réaménagée. Pourquoi le faire, les bénéfices attendus, les problèmes auxquels cela répondait n’ont pas été abordés. Pourquoi faire une piste cyclable ? Quel lien avec la circulation dans Castanet ? Pourquoi ne pas relancer le boulevard urbain pour pouvoir y faire passer les convois ? Un riverain a bien mentionné ce boulevard urbain, mais ni Arnaud Lafon, ni les techniciens n’ont répondu. Ce n’était évidemment pas à ceux-ci de répondre. Quant au maire, il aurait été obligé d’expliquer la délibération municipale qui demande au conseil général de renoncer à l’emprise dudit boulevard urbain : ça aurait certainement été trop compliqué pour ces pauvres riverains…

Qu’on ne se méprenne pas : il ne s’agit pas de pester contre les aménagements parce qu’ils sont décidés par Arnaud Lafon. La vraie question est de savoir quelle est la vision des transports à Castanet, pas de savoir s’il faut mettre un plateau traversant au milieu de l’avenue Salettes et Manset. Et avec cette réunion, l’impression est que les décisions se prennent sans donner les vraies raisons aux Castanéens. Peut-être parce qu’il n’y a pas de bonne raison ?

Les forces progressistes au niveau européen

dimanche 19 décembre 2010

La semaine dernière, j’étais à Bruxelles avec une vingtaine de camarades socialistes de la Haute-Garonne. Notre secrétaire fédéral à l’Europe et animateur du groupe PSE de la Haute-Garonne, Hugues Bernard, avait organisé ce voyage en relation avec notre eurodéputé (et néanmoins castanéen) Kader Arif.

En 3 jours, nous avons fait le tour des forces progressistes, et aussi régionales, présentes à Bruxelles. Et ce voyage est donc riche d’enseignements.

Des forces peu nombreuses

Nous avons été surpris de voir le peu de permanents dans les forces européennes : une trentaine pour le Parti Socialiste Européen (PSE), autour de 5 pour le Forum Progressiste Mondial (GPF), 40 personnes pour la Confédération Européenne des Syndicats (CES), 5 aussi pour la Fondation Européenne d’Etudes Progressistes (FEPS). Cela montre avant tout le peu de moyens dont ces organisations disposent. Je pense que c’est la conséquence à la fois d’un manque d’intérêt des organisations nationales pour l’Europe (et le PS est vraiment dans cette situation, quoi qu’en disent mes camarades), et d’une volonté de ne pas perdre le pouvoir de la part de ces mêmes organisations nationales. C’est évidemment une erreur quand on voit tout ce qui vient de l’Europe aujourd’hui.

En ce qui concerne les régions, la situation est différente. Les régions de toute l’Europe ont bien intégré l’importance d’une présence à Bruxelles. Mais leur présence est fortement conditionnée par leurs budgets, lesquels découlent directement des responsabilités qui leur sont dévolues. Autrement dit, plus une région a des responsabilités (voire de l’autonomie), plus elle a de budget, et plus elle peut avoir de personnels employés à défendre ses intérêts à Bruxelles. Là encore, on ne prête qu’aux riches.

Une bonne communication à Bruxelles, moindre avec les correspondants nationaux

Toutes ces organisations travaillent bien ensemble à Bruxelles, et tout particulièrement FEPS, GPF et PSE. Mais la coordination avec les interlocuteurs nationaux semble moins aisée.

Certes, la FEPS a publié une analyse de la réforme de la PAC par Henri Nallet en partenariat avec la Fondation Jean Jaurès. Et la CES a donné l’impression de largement se concerter avec les syndicats nationaux. Mais la répartition des rôles ne semble pas évidente : j’ai toujours du mal à comprendre à quoi sert le PSE, qui peine à exister face au groupe S&D au Parlement Européen, et les responsabilités respectives de la Fondation Jean Jaurès et de la FEPS ne me semblent pas claire. Surtout, j’ai compris que les niveaux nationaux ne font pas assez bien remonter au niveau européen ce qui se passe chez eux : j’ai ainsi été surpris que le PSE, qui lance sa plateforme Re:New, n’ait pas entendu parler de la plateforme des Créateurs de possibles de l’UMP, qui pourtant en semble proche, alors que le même PSE connaît la Coopol.

Un échelon européen encore naissant

Tout cela montre bien que le niveau européen n’en est encore qu’à ses débuts. Mais les choses sont en train de changer : l’engagement pris par les partis socialistes de chaque pays à désigner un candidat du PSE pour la présidence de la prochaine commission européenne est un pas en avant symbolique et très fort. Il reste à voir si le candidat qui sera désigné sera un vrai candidat, ou un aimable pot de fleurs qui ne pourra pas faire d’ombre aux dirigeants nationaux.

Gestation pour autrui : la régression

mercredi 1 décembre 2010

Mères porteuses en Inde - Photo Le Monde2 du 19 juin 2009 (S. Clair)

Vendredi 26 novembre, la fédération organisait une réunion autour du thème « Homosexualité et égalité réelle », avec un débat autour des propositions de HES (Homosexualité et Socialisme). Il y en a une qui m’a particulièrement interpellé : la légalisation de la gestation pour autrui (GPA).

Le principe de la GPA est le suivant : une femme porte un enfant pour un autre couple, et cet enfant n’est génétiquement pas le sien. Cette pratique existe dans plusieurs pays, notamment les Etats-Unis, l’Inde, le Royaume-Uni, la Grèce.

En ce moment, le débat fait rage au sein de la gauche, et particulièrement du PS, entre défenseurs et adversaires de cette pratique. Ce sont les défenseurs d’une légalisation de la GPA qui ont dégainé les premiers en février dernier, avec ce rapport de Terra Nova qui appelait à une légalisation partielle de la GPA, avec essentiellement des arguments indiquant que rien ne s’y oppose médicalement, et qu’il faut respecter la liberté individuelle d’une femme d’aider sa semblable. La réponse a un peu tardé, mais elle a fini par arriver, toujours chez Terra Nova. C’est du lourd : René Frydman, le père du premier bébé éprouvette français, Gisèle Halimi, Benoit Hamon, Lionel Jospin et Michel Rocard ont entre autres signé et contribué au rapport. Le moins que l’on puisse dire est que l’argumentation n’y va pas par 4 chemins.

Je partage largement le contenu de ce second rapport. Deux arguments me semblent importants.

Le retour de l’aliénation

Le plus important, et celui contre lequel je ne vois pas de contre-argument, est celui de l’aliénation de la mère porteuse. Cette femme qui portera l’enfant d’une autre ne disposera pas pleinement de son corps pendant la grossesse. Pire encore, elle vend son corps. On pourrait répondre que l’on rendra le travail des mères porteuses gratuit, pour qu’elles ne marchandent pas leur corps. Le Comité consultatif national d’éthique a fait litière de cet argument dans son passionnant avis n° 110 du 6 mai 2010, dont la lecture est plus que conseillée. Pour résumer, on constate dans tous les pays, y compris ceux qui instaurent la gratuité, que ce sont des couples aisés (des couples bourgeois) qui ont recours à une mère porteuse d’un milieu social plus modeste. Et la gratuité est facilement contournée par des « cadeaux » : il est évident que les parents connaissent la mère porteuse, et qu’ils vont tout faire pour que celle-ci suive leurs prescriptions pour avoir un enfant conforme à leurs désirs. La gratuité est donc une pure fiction.

Quant au libre arbitre, il faut rappeler que la loi doit parfois obliger certains comportements, en violation apparente dudit libre arbitre. Par exemple, un ouvrier qui a un accident de travail sur un chantier, pourra librement déclarer cet accident comme étant survenu chez lui. Souvent, il ne verra pas le mal qu’il y a à le faire ! Mais le droit du travail (bien mal appliqué avec la diminution du nombre d’inspecteurs) a pour objet de protéger l’ouvrier de l’aliénation qu’il ne voit pas. Le libre arbitre ne peut s’exercer qu’en ayant toute l’information nécessaire, et l’ouvrier n’a pas toujours toute l’information. Il en sera de même pour la mère porteuse, qui pourrait bien s’aliéner volontairement.

Le primat de la génétique

Le deuxième argument important est que la légalisation de la GPA va dévaloriser l’adoption comme mode de filiation. Aujourd’hui, l’adoption est un mode de filiation aussi légitime, légalement mais aussi aux yeux de la société, que la reproduction biologique normale. Demain, la légalisation de la GPA signifiera que les enfants adoptés seront ceux dont les parents n’auront pas pu avoir recours à la GPA. Cette pratique aboutira à considérer que la filiation est avant tout génétique : un enfant adopté sera un enfant de pauvres, adopté par des pauvres. On créera une filiation à deux niveaux. Au temps pour l’intérêt de l’enfant adopté !

L’insupportable argument de l’existence de la GPA à l’étranger

Quand j’ai abordé le sujet, vendredi soir en fin de réunion (après 30 minutes de Sexion d’Assaut), j’ai eu parmi les arguments des défenseurs (à 2 reprises) l’odieux argument de l’existence de cette GPA à l’étranger : ces couples qui vont à l’étranger pour obtenir ce qu’ils ne peuvent pas obtenir en France.

C’est l’argument ultralibéral par excellence, l’argument du nivellement par le bas. C’est le procédé réactionnaire classique qui légitime la baisse sans fin des impôts, le démantèlement des filets de protection sociale au nom de la concurrence internationale. Poussé à son extrême, c’est le tourisme sexuel de notre ministre de la culture.

Non, si la GPA doit être interdite ou autorisée, c’est pour des arguments qui tiennent à la GPA elle-même, et surtout pas parce que les autres le font ! Je ne me suis jamais teint les cheveux ni fait de piercing, et pourtant j’en ai vu autour de moi !

Qui plus est, la France a les moyens d’empêcher ce tourisme de la GPA : il suffit de ne pas délivrer de visa pour l’enfant qui doit être ramené en France (et de le faire savoir bruyamment). Mon ami m’a dit que cela avait été le cas récemment pour un couple d’hommes parti en Inde recourir à une mère porteuse.

Quelles valeurs ?

En tant que socialiste, le débat sur la GPA m’inquiète. Ce sont les valeurs fondamentales du socialisme qui doivent se battre contre le libéralisme de mœurs le plus absolu, lequel a donné l’individualisme forcené contemporain. Le dernier avatar de cet ennemi n’est-il pas cette victimologie permanente savamment entretenue par Nicolas Sarkozy ? A ces régressions, nous devons continuer d’opposer les valeurs socialistes qui ont gardé toute leur pertinence, et particulièrement notre volonté de faire disparaître toute forme d’aliénation.