Gestation pour autrui : la régression

Mères porteuses en Inde - Photo Le Monde2 du 19 juin 2009 (S. Clair)

Vendredi 26 novembre, la fédération organisait une réunion autour du thème « Homosexualité et égalité réelle », avec un débat autour des propositions de HES (Homosexualité et Socialisme). Il y en a une qui m’a particulièrement interpellé : la légalisation de la gestation pour autrui (GPA).

Le principe de la GPA est le suivant : une femme porte un enfant pour un autre couple, et cet enfant n’est génétiquement pas le sien. Cette pratique existe dans plusieurs pays, notamment les Etats-Unis, l’Inde, le Royaume-Uni, la Grèce.

En ce moment, le débat fait rage au sein de la gauche, et particulièrement du PS, entre défenseurs et adversaires de cette pratique. Ce sont les défenseurs d’une légalisation de la GPA qui ont dégainé les premiers en février dernier, avec ce rapport de Terra Nova qui appelait à une légalisation partielle de la GPA, avec essentiellement des arguments indiquant que rien ne s’y oppose médicalement, et qu’il faut respecter la liberté individuelle d’une femme d’aider sa semblable. La réponse a un peu tardé, mais elle a fini par arriver, toujours chez Terra Nova. C’est du lourd : René Frydman, le père du premier bébé éprouvette français, Gisèle Halimi, Benoit Hamon, Lionel Jospin et Michel Rocard ont entre autres signé et contribué au rapport. Le moins que l’on puisse dire est que l’argumentation n’y va pas par 4 chemins.

Je partage largement le contenu de ce second rapport. Deux arguments me semblent importants.

Le retour de l’aliénation

Le plus important, et celui contre lequel je ne vois pas de contre-argument, est celui de l’aliénation de la mère porteuse. Cette femme qui portera l’enfant d’une autre ne disposera pas pleinement de son corps pendant la grossesse. Pire encore, elle vend son corps. On pourrait répondre que l’on rendra le travail des mères porteuses gratuit, pour qu’elles ne marchandent pas leur corps. Le Comité consultatif national d’éthique a fait litière de cet argument dans son passionnant avis n° 110 du 6 mai 2010, dont la lecture est plus que conseillée. Pour résumer, on constate dans tous les pays, y compris ceux qui instaurent la gratuité, que ce sont des couples aisés (des couples bourgeois) qui ont recours à une mère porteuse d’un milieu social plus modeste. Et la gratuité est facilement contournée par des « cadeaux » : il est évident que les parents connaissent la mère porteuse, et qu’ils vont tout faire pour que celle-ci suive leurs prescriptions pour avoir un enfant conforme à leurs désirs. La gratuité est donc une pure fiction.

Quant au libre arbitre, il faut rappeler que la loi doit parfois obliger certains comportements, en violation apparente dudit libre arbitre. Par exemple, un ouvrier qui a un accident de travail sur un chantier, pourra librement déclarer cet accident comme étant survenu chez lui. Souvent, il ne verra pas le mal qu’il y a à le faire ! Mais le droit du travail (bien mal appliqué avec la diminution du nombre d’inspecteurs) a pour objet de protéger l’ouvrier de l’aliénation qu’il ne voit pas. Le libre arbitre ne peut s’exercer qu’en ayant toute l’information nécessaire, et l’ouvrier n’a pas toujours toute l’information. Il en sera de même pour la mère porteuse, qui pourrait bien s’aliéner volontairement.

Le primat de la génétique

Le deuxième argument important est que la légalisation de la GPA va dévaloriser l’adoption comme mode de filiation. Aujourd’hui, l’adoption est un mode de filiation aussi légitime, légalement mais aussi aux yeux de la société, que la reproduction biologique normale. Demain, la légalisation de la GPA signifiera que les enfants adoptés seront ceux dont les parents n’auront pas pu avoir recours à la GPA. Cette pratique aboutira à considérer que la filiation est avant tout génétique : un enfant adopté sera un enfant de pauvres, adopté par des pauvres. On créera une filiation à deux niveaux. Au temps pour l’intérêt de l’enfant adopté !

L’insupportable argument de l’existence de la GPA à l’étranger

Quand j’ai abordé le sujet, vendredi soir en fin de réunion (après 30 minutes de Sexion d’Assaut), j’ai eu parmi les arguments des défenseurs (à 2 reprises) l’odieux argument de l’existence de cette GPA à l’étranger : ces couples qui vont à l’étranger pour obtenir ce qu’ils ne peuvent pas obtenir en France.

C’est l’argument ultralibéral par excellence, l’argument du nivellement par le bas. C’est le procédé réactionnaire classique qui légitime la baisse sans fin des impôts, le démantèlement des filets de protection sociale au nom de la concurrence internationale. Poussé à son extrême, c’est le tourisme sexuel de notre ministre de la culture.

Non, si la GPA doit être interdite ou autorisée, c’est pour des arguments qui tiennent à la GPA elle-même, et surtout pas parce que les autres le font ! Je ne me suis jamais teint les cheveux ni fait de piercing, et pourtant j’en ai vu autour de moi !

Qui plus est, la France a les moyens d’empêcher ce tourisme de la GPA : il suffit de ne pas délivrer de visa pour l’enfant qui doit être ramené en France (et de le faire savoir bruyamment). Mon ami m’a dit que cela avait été le cas récemment pour un couple d’hommes parti en Inde recourir à une mère porteuse.

Quelles valeurs ?

En tant que socialiste, le débat sur la GPA m’inquiète. Ce sont les valeurs fondamentales du socialisme qui doivent se battre contre le libéralisme de mœurs le plus absolu, lequel a donné l’individualisme forcené contemporain. Le dernier avatar de cet ennemi n’est-il pas cette victimologie permanente savamment entretenue par Nicolas Sarkozy ? A ces régressions, nous devons continuer d’opposer les valeurs socialistes qui ont gardé toute leur pertinence, et particulièrement notre volonté de faire disparaître toute forme d’aliénation.

Un commentaire sur “Gestation pour autrui : la régression”

  1. Michelle Colmard Drouault dit :

    Bravo, mille fois bravo.Il faut se battre contre ce retour au servage maximum des femmes:invalider leur corps, devenir des sacs, des couveuses vivantes.
    Les femmes qui sont pour la légalisation ne voient pas qu’il s’agit d’un retour au contrôle sur le corps des femmes, toujours au nom du progrès.
    L’enfant est le grand absent du débat:que va devenir un être qui a échangé avec une femme son sang ,ses émotions, pendant neuf mois, entendu sa voix; et va brutalement se trouver projeter dans un univers inconnu,parfois où l’on parle une autre langue ? La GPA détruirait tous nos repères, et primordialement, celui d’avoir une mère, et une seule, qui nous a fait advenir au monde.

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