Les Molex, ces chênes abattus

Image extraite du documentaire "Les Molex, des gens debout" (Arte)

Image extraite du documentaire "Les Molex, des gens debout" (Arte)

J’avais raté la diffusion initiale du documentaire qu’Arte a consacré aux Molex. Mais grâce à leur merveilleux site Arte+7, j’ai pu le visionner ce soir.

Le documentaire est poignant. Mais ses auteurs n’ont rien à voir là-dedans. Ce sont les Molex qui font tout. Déjà cette dénomination qui en fait un collectif : les Molex, tout comme les Conti pour Continental. Et ensuite leurs réactions, leur dignité, leur sincérité, leur foi dans la justice.

Et cette justice, il faut en parler. Malheureusement, le documentaire ne l’a pas fait. Pas assez en tout cas. On en ressort en sachant seulement que Molex a violé une décision de justice en refusant de laisser les salariés revenir sur le site, et qu’ils n’ont pas versé les salaires pendant plusieurs mois alors que les salariés avaient repris le travail. Il manque tout le reste : qu’aurait dû faire le gouvernement pour faire exécuter la décision de justice ? Dans quelle mesure les Molex auraient-ils pu agir contre le non versement de leurs salaires ? Pourquoi Christian Estrosi ne s’est-il pas démené auprès de ses collègues du gouvernement pour faire appliquer le droit ? De tout cela le spectateur ne saura rien.

Et voilà le drame de ce documentaire : c’est que les journalistes n’ont pas fait leur travail. Ils se sont contentés d’être présents et de tendre leur micro aux Molex. Pire encore, on en retire le sentiment que les Molex ont été laissés seuls. Il faut rappeler que des hommes politiques se sont déplacés jusqu’à eux : on était dans le contexte des élections européennes, la gauche ne pouvait faire moins (elle n’a pas fait beaucoup plus : que pouvait-elle faire d’ailleurs ?).

Ce documentaire est un exemple de « maljournalisme » pour reprendre l’expression de Jean-Pierre Tailleur : il ne contextualise pas les faits, il ne questionne pas les acteurs (les questions posées à Estrosi sont remarquablement creuses et ne le mettent pas en difficulté), il ne montre pas les erreurs des Molex, il ne pointe pas les responsabilités.

Les seuls vrais journalistes sont les héros de ce documentaire : les Molex. Ils n’ont pas la formation, mais ils nous ont au moins pointé du doigt ce qui était mal dans l’attitude de Molex, suscitant ainsi notre indignation. Malheureusement, toute l’indignation du monde ne suffit pas face à des voyous qui violent le droit avec la complicité d’un gouvernement passif.

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