Premières erreurs pour les primaires

Les primaires citoyennes
Les primaires socialistes sont bien lancées, et elles arrivent à leur phase de pause estivale. C’est le moment de faire un premier bilan d’étape, avant que le mois de septembre ne nous montre l’étendue des dégâts dans la mise en œuvre.

Le rôle du Premier Secrétaire

Martine Aubry se présente donc à la primaire. Au delà de ses qualités et de ses défauts, je considère que c’est une erreur de sa part. En faisant cela, elle agit pour elle, mais pas pour les primaires.

Les primaires ont pour objectif de départager des candidats placés sur un pied d’égalité. Ces candidats doivent montrer leurs différences de styles, leurs priorités, et les propositions qui leur sont propres.

Par définition, le Premier Secrétaire du PS n’est pas un candidat comme les autres : il a placé ses hommes au sein du bureau du PS, lesquels peuvent exercer d’amicales pressions sur les camarades qui voudraient ne pas soutenir ce Premier-Secrétaire-devenu-candidat. D’ailleurs, c’est un reproche qui est déjà fait. Bien au contraire, il devrait se placer comme garant de l’impartialité de l’appareil du parti dans le traitement de tous les candidats, sous l’œil vigilant de la Haute Autorité des Primaires.

Mais surtout, comment peut-il se distinguer de ses concurrents sur les propositions ? Le projet ayant déjà été adopté, le Premier-Secrétaire-devenu-candidat ne peut pas faire une proposition qui en sorte, puisqu’il a présidé à sa réalisation !

Le projet avant la personne ?

Et c’est ce sujet du projet qui est la plus grande leçon pour la plupart des camarades : le projet ne doit pas être élaboré avant le choix du candidat. C’est un non sens dans le cadre d’une primaire, si l’on veut départager des candidats sur leurs propositions et leurs priorités.

Soit on fait le choix de faire passer la réalisation du projet avant la désignation du candidat : dans ce cas, celui qui a présidé à l’élaboration du projet est le plus légitime pour être le candidat (argument de certains aubrystes qui visiblement n’aiment pas la primaire). Soit on fait le choix d’une primaire pour désigner le candidat, et dans ce cas le projet vient après. Romain Pigenel a bien raison de mentionner aux futurs électeurs qu‘ils pourront peser sur le projet, même si ça ne sera qu’à la marge.

Le rôle du Premier Secrétaire devrait donc être de préparer la réflexion en amont du projet, d’organiser les groupes de travail, les synthèses, éventuellement de faire voter les militants sur les grandes orientations, mais surtout pas de faire décider les mesures emblématiques ou les 30 propositions du PS !

Toute la gauche !

Initialement, les primaires devaient être les primaires de toute la gauche. Mais Martine Aubry a géré la négociation avec autres forces de gauche de façon particulièrement stupide : pensant préempter le sujet, elle a annoncé des primaires de toute la gauche avant même d’avoir vérifié que nos « partenaires » étaient d’accord. Ceux-ci se sont légitimement sentis piégés. Résultat des courses : ce sont les primaires du seul PS, avec le PRG qui n’existe guère au niveau national.

Il aurait fallu entreprendre des négociations avec les partenaires de gauche avant de faire l’annonce : il aurait suffi que les Verts ou le PCF nous rejoignent pour commencer à créer une dynamique, et obliger les autres à se positionner sur le rassemblement de la gauche avant le premier tour. Au lieu de cela, l’opération est apparue comme une volonté du PS de jouer l’hégémonie et de bouffer les petits partis.

Donc nous n’avons aujourd’hui que des primaires bancales : un corps électoral potentiellement large, mais une offre politique réduite au seul PS. Est-ce que cela garantira une participation large ?

Le mauvais calendrier

Dernier point : le calendrier. Il est ridiculement court.

Arnaud Montebourg avait proposé un calendrier de 6 mois de campagne, de janvier à juin, avec 4 votes, dont 3 dans une phase éliminatoire. Ca devait sembler trop compliqué, alors le dispositif a été grandement simplifié. Mais surtout, le calendrier a été adapté pour le Messie d’outre-Atlantique dont les fans attendaient le retour.

Du coup, Martine Aubry a lancé sa campagne fin juin, juste avant l’annonce de la nomination de Christine Lagarde au FMI et du remaniement gouvernemental. Ensuite, les vacances. Elle n’aura que septembre pour faire campagne.

A titre de comparaison, les Etats-Unis prennent les primaires beaucoup plus au sérieux. La campagne y commence généralement un an avant le premier vote, et les votes se font état par état, étalés sur 6 mois. Certes, il n’y a plus que 5 mois de campagne qui séparent la fin des primaires de l’élection présidentielle. Mais après avoir fait un an et demi de campagne des primaires, le candidat est plutôt bien préparé !

Alors qu’il ne voulait pas des primaires, François Hollande a bien compris l’enjeu de démarrer sa campagne tôt, lui qui a commencé depuis l’automne 2010. A l’inverse, Martine Aubry, qui a fait adopter ces primaires, n’a démarré que fin juin : au temps pour la préparation !

Et maintenant ?

Indépendamment du résultat de ces primaires, il est manifeste qu’il faudra apporter des ajustements à la procédure pour sa prochaine édition… s’il y en a une !

Le plus délicat sera évidemment l’élargissement à nos partenaires de gauche : il ne dépend pas du seul PS. Si le candidat PS fait un résultat assez fort au premier tour, les petits candidats seront tentés de rejoindre cette primaire en échange de sièges aux législatives, mais bien des barons du PS pousseront à ne pas les accepter pour faire cavalier seuls. A l’inverse, si notre candidat ne fait pas un résultat assez fort, le principe de la primaire pourrait même être remis en cause au sein de notre parti.

Le juge de paix sera donc le vote des Français le 22 avril 2012 !

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