Archive pour octobre 2011

François Hollande, candidat du PS aux présidentielles de 2012

lundi 17 octobre 2011

François Hollande le 13 octobre 2011 (Sébastien Calvet / Libération)

Alors ça y est. Après des mois de débats, de suspens, de chausses-trappes, de petites phrases de part et d’autre, le peuple de gauche a choisi le candidat socialiste aux présidentielles de 2012 : François Hollande.

Une victoire nette et large : près de 57% en fin de soirée ce 16 octobre. Ce résultat donne une ample légitimité à François Hollande pour cette élection à venir. La droite va peiner à trouver un angle d’attaque, et toutes ses conférences pour démolir le projet socialiste ne suffiront pas à faire refluer la vague du changement à gauche impulsée par ces primaires.

Même si la fin de campagne a été émaillée de formules inutilement agressives, il faut saluer le discours impeccable de Martine Aubry : dignité, rassemblement, soutien franc et entier au candidat victorieux, Martine Aubry a fait un remarquable discours pour reconnaître le résultat de ces primaires. Jugez plutôt :

http://www.dailymotion.com/video/xlqbg4

Cette victoire de François Hollande vient de loin : près de 3 ans de préparation entre son départ de la tête du PS et sa victoire aujourd’hui. Et cet homme, que l’on disait fini au lendemain du congrès de Reims, a su montrer sa détermination à devenir notre candidat. Pour l’avoir rejoint en mars, alors que la bulle DSK continuait de faire la une des médias, j’ai pu mesurer combien peu nombreux étaient alors ceux qui pariaient sur sa victoire. Il faut savoir gré à ces femmes et ces hommes qui ont continué de le soutenir dans sa traversée du désert, convaincus de sa force et de son talent, et qui lui ont permis d’en arriver à être notre candidat aujourd’hui.

Terminons ces rapides pensées avec l’intervention de François Hollande de ce soir : inlassablement, rappeler ses engagements et ses priorités, avoir une ligne et n’en pas dévier. Là réside la clé de sa victoire.

http://www.dailymotion.com/video/xlqc70

François ou Martine : l’heure du choix

vendredi 14 octobre 2011

Le premier tour de la primaire citoyenne a confirmé les sondages sur un point : les 2 candidats arrivés en tête. Il nous reste donc à les départager pour décider de celui (ou celle) qui sera notre candidat(e)1. à la présidence de la République.

La seule question qui vaille aujourd’hui est de savoir qui peut le mieux gagner. Le premier tour a permis de départager sur les idées (ou plutôt les divergences d’interprétation du projet), le second doit désigner un candidat.

Pour gagner, notre candidat devra donc passer le premier tour, et rassembler au second tour pour être en tête.

Le premier tour

Passer le premier tour nécessite d’avoir une capacité à rassembler sur son nom propre. Sur ce critère, c’est indubitablement François Hollande qui gagne : il est arrivé très largement en tête, avec près de 40% au premier tour, dans une élection où 6 candidats se présentaient, et en obtenant un écart de près de 9 points avec la deuxième. Ceux qui connaissent un peu le PS ne seront pas surpris : François Hollande ne s’est pas maintenu 11 ans à la tête du PS uniquement par des alliances et des synthèses : il y avait à la base une large adhésion à sa personne.

Mais il faut également prendre en compte le profil des électeurs du premier tour. En effet, des électeurs Front de Gauche et EELV sont venus voter. Il semble que nombre d’entre eux aient voté Montebourg ou Aubry. Cela pose un problème : ces électeurs-là ne voteront pas PS au premier tour. Ils viennent choisir un candidat du second tour. Ils ne réalisent pas qu’ils font courir le risque d’un nouveau 21 avril où le candidat socialiste ne serait pas au second tour, faute d’avoir recueilli suffisamment de voix au premier. Autant dire que leur vote en faveur de Martine Aubry (tel Denis Baupin, qui annonce qu’il votera Aubry au second tour de la primaire mais votera Joly au premier tour des présidentielles) peut amener en tête une candidate qui serait battue dès le premier tour.

Enfin, la question de la motivation est centrale : c’est ce qui donne l’image d’un futur président, la stature. Là encore, Martine Aubry n’est pas crédible : candidate de remplacement de DSK, comme ce dernier l’a reconnu, elle est parti tard et n’a pas montré depuis suffisamment longtemps une volonté de devenir présidente. Au contraire de François Hollande, qui a fait une traversée du désert, suivi une cure d’amaigrissement, développé son propre programme, et s’était lancé alors que DSK était présenté comme l’archi-favori des sondages.

Le second tour

Une fois passé le premier tour, il faudra réussir le second. Là, le seul critère qui vaille est la capacité à battre la droite. Et là, l’histoire plaide largement en faveur de François Hollande. Jugez plutôt.

François Hollande : député de Corrèze dans une circonscription qu’il a reprise à la droite et qu’il a conservée en 2002 malgré le déplacement de Raffarin et Bernadette Chirac pour le battre ; maire de Tulle qu’il a reprise à la droite ; président du Conseil Général de Corrèze qu’il a repris à la droite ; victoire aux élections européennes de 1999 ; victoire aux élections régionales de 2004, après une nette progression aux élections régionales précédentes ; victoires aux municipales en 2008.

Martine Aubry : députée en 1997, elle laisse son siège après quelques jours pour devenir ministre ; maire de Lille  en 2001, elle succède à Pierre Mauroy (PS) ; battue par un UMP aux législatives de 2002 dans une circonscription de gauche réputée imprenable par la droite ; défaite aux européennes en 2009 ; une région de gagnée aux régionales de 2009.

Faut-il vraiment continuer ?

Quoi que l’on pense d’elle, Martine Aubry n’a pas l’expérience d’une campagne victorieuse où elle aurait chassé la droite. François Hollande le fait depuis plus de 20 ans.

Pour toutes ces raisons, le seul choix réaliste pour la victoire de 2012, c’est François.

  1. Dans la suite du billet, je parlerai de « notre candidat » sans « (e) » à la fin, pour simplifier []

Faire sa com’ politique sur le dos des enfants : la méthode Lafon

jeudi 6 octobre 2011

"Touche pas à mon porc" : le slogan révélateur des soutiens d'Arnaud Lafon

Ainsi donc, le conseil municipal a voté, jeudi 29 septembre, la fin des repas différenciés dans les cantines scolaires de Castanet.

Depuis plus de 15 ans, ce système était en place sans que personne n’en demande la fin. Il permettait aux enfants d’avoir des repas sans porc et des repas sans viande. Arnaud Lafon, maire depuis 2001 (10 ans déjà), n’y avait jamais rien vu à redire.

Mais les élections législatives approchent. L’UMP 31 n’a encore investi personne dans la future 10ème circonscription. Alors Arnaud Lafon a dû vouloir donner des gages de sa compatibilité avec la frange la plus à droite de l’UMP, la fameuse Droite populaire.

Pourtant, il avait déjà montré aux dernières cantonales qu’il voulait bien du soutien de l’UMP. Mais cette fois-ci il a décidé de passer à la vitesse supérieure, peut-être pour être investi UMP et non « sans étiquette ». Et pour cela il faut frapper fort, et frapper en-dessous de la ceinture.

Pour cela, rien de tel que la stigmatisation des musulmans. Solution toute trouvée : mettre fin aux repas différenciés. Mieux encore : garder le système existant en juin, avec la signature des contrats CVQ tout au long de l’été, puis avertir les familles le jour de la rentrée, par un mot dans le cartable des enfants, de la décision de mettre fin à ces repas. Pas de discussion, pas d’explication. Et ajouter l’insulte en se drapant dans la laïcité.

La ficelle est franchement grosse. Mais elle a permis de faire sortir au jour les identitaires qui ont manifesté devant la mairie (voir photo ci-dessus) et ont assisté au conseil municipal (voir photo ci-dessous).

Un jeune homme avec un tee-shirt "Bloc identitaire" en conseil municipal

Oh bien sûr, Arnaud Lafon se défend de toute visée électoraliste, et de faire des appels du pied aux identitaires. Enfin quand on lance un pétard dans les égouts, il ne faut pas s’étonner d’en voir sortir les rats.

Alors il a quand même fallu une délibération du conseil municipal pour officialiser l’oukase. Et l’opposition a demandé des explications sur les raisons de ce choix, et les raisons de cette soudaineté et de cette brutalité. Pour les réponses, nous avons été servis :

  1. Arnaud Lafon a répondu en listant tout ce qu’il avait fait pour les écoles et leurs enfants depuis 2001 : aucun rapport avec le sujet, ça permet d’occuper du temps de parole et de jouer au « M’enfin vous pouvez rien me reprocher après tout ce que j’ai fait ! ».
  2. Béatrix de Veyrinas a répondu pour dire qu’elle ne répondrait pas.
  3. Franck Kritchmar a apporté son témoignage personnel1, indiquant ses origines, et qu’il avait mangé du porc à la cantine dans son enfance et qu’il n’en était pas mort. Franck Kritchmar est resté bloqué à la France des années 70 (au mieux). Il n’est pas au courant que les écoles ne fonctionnent plus de la même façon.
  4. Le pompon : Camélia Assadi. D’origine iranienne, elle était donc tout à fait qualifiée pour donner son avis… et parler d’elle-même. Une citation de Jaurès dénichée sur Internet au passage (on peut tout faire dire à Jaurès en en extrayant une phrase). Mais la perle a été son point Godwin : « Vous voulez savoir ce que ça donne quand on laisse entrer la religion dans l’école ? Allez voir ce qui se passe en Iran ! » Eh oui, nous n’avions pas compris que les parents, présents dans la salle, étaient des ayatollahs venus nous imposer leur loi ! Pourtant, je n’ai pas vu de voile intégral ce soir-là. Juste un foulard sur une femme. Bref, Camélia Assadi représente le degré zéro du débat politique.

Au final, personne n’a eu de réponse sur la vraie question : pourquoi maintenant, pourquoi sans consultation ni information préalable ? C’est bien la preuve qu’il s’agit d’une honteuse opération politique dans laquelle Arnaud Lafon fait sa communication politique sur le dos de 90 enfants de Castanet. Il peut être fier de ses nouveaux amis très « France aux français »2 Plus que jamais, vivement 2014 !

  1. C’est important cette dimension personnelle : chacun est un expert à partir de son cas particulier []
  2. Je ne mets pas de lien vers les blogs concernés, vous les trouverez par vous-mêmes : je refuse de leur faire la moindre pub. []