Faire sa com’ politique sur le dos des enfants : la méthode Lafon

"Touche pas à mon porc" : le slogan révélateur des soutiens d'Arnaud Lafon

Ainsi donc, le conseil municipal a voté, jeudi 29 septembre, la fin des repas différenciés dans les cantines scolaires de Castanet.

Depuis plus de 15 ans, ce système était en place sans que personne n’en demande la fin. Il permettait aux enfants d’avoir des repas sans porc et des repas sans viande. Arnaud Lafon, maire depuis 2001 (10 ans déjà), n’y avait jamais rien vu à redire.

Mais les élections législatives approchent. L’UMP 31 n’a encore investi personne dans la future 10ème circonscription. Alors Arnaud Lafon a dû vouloir donner des gages de sa compatibilité avec la frange la plus à droite de l’UMP, la fameuse Droite populaire.

Pourtant, il avait déjà montré aux dernières cantonales qu’il voulait bien du soutien de l’UMP. Mais cette fois-ci il a décidé de passer à la vitesse supérieure, peut-être pour être investi UMP et non « sans étiquette ». Et pour cela il faut frapper fort, et frapper en-dessous de la ceinture.

Pour cela, rien de tel que la stigmatisation des musulmans. Solution toute trouvée : mettre fin aux repas différenciés. Mieux encore : garder le système existant en juin, avec la signature des contrats CVQ tout au long de l’été, puis avertir les familles le jour de la rentrée, par un mot dans le cartable des enfants, de la décision de mettre fin à ces repas. Pas de discussion, pas d’explication. Et ajouter l’insulte en se drapant dans la laïcité.

La ficelle est franchement grosse. Mais elle a permis de faire sortir au jour les identitaires qui ont manifesté devant la mairie (voir photo ci-dessus) et ont assisté au conseil municipal (voir photo ci-dessous).

Un jeune homme avec un tee-shirt "Bloc identitaire" en conseil municipal

Oh bien sûr, Arnaud Lafon se défend de toute visée électoraliste, et de faire des appels du pied aux identitaires. Enfin quand on lance un pétard dans les égouts, il ne faut pas s’étonner d’en voir sortir les rats.

Alors il a quand même fallu une délibération du conseil municipal pour officialiser l’oukase. Et l’opposition a demandé des explications sur les raisons de ce choix, et les raisons de cette soudaineté et de cette brutalité. Pour les réponses, nous avons été servis :

  1. Arnaud Lafon a répondu en listant tout ce qu’il avait fait pour les écoles et leurs enfants depuis 2001 : aucun rapport avec le sujet, ça permet d’occuper du temps de parole et de jouer au « M’enfin vous pouvez rien me reprocher après tout ce que j’ai fait ! ».
  2. Béatrix de Veyrinas a répondu pour dire qu’elle ne répondrait pas.
  3. Franck Kritchmar a apporté son témoignage personnel1, indiquant ses origines, et qu’il avait mangé du porc à la cantine dans son enfance et qu’il n’en était pas mort. Franck Kritchmar est resté bloqué à la France des années 70 (au mieux). Il n’est pas au courant que les écoles ne fonctionnent plus de la même façon.
  4. Le pompon : Camélia Assadi. D’origine iranienne, elle était donc tout à fait qualifiée pour donner son avis… et parler d’elle-même. Une citation de Jaurès dénichée sur Internet au passage (on peut tout faire dire à Jaurès en en extrayant une phrase). Mais la perle a été son point Godwin : « Vous voulez savoir ce que ça donne quand on laisse entrer la religion dans l’école ? Allez voir ce qui se passe en Iran ! » Eh oui, nous n’avions pas compris que les parents, présents dans la salle, étaient des ayatollahs venus nous imposer leur loi ! Pourtant, je n’ai pas vu de voile intégral ce soir-là. Juste un foulard sur une femme. Bref, Camélia Assadi représente le degré zéro du débat politique.

Au final, personne n’a eu de réponse sur la vraie question : pourquoi maintenant, pourquoi sans consultation ni information préalable ? C’est bien la preuve qu’il s’agit d’une honteuse opération politique dans laquelle Arnaud Lafon fait sa communication politique sur le dos de 90 enfants de Castanet. Il peut être fier de ses nouveaux amis très « France aux français »2 Plus que jamais, vivement 2014 !

  1. C’est important cette dimension personnelle : chacun est un expert à partir de son cas particulier []
  2. Je ne mets pas de lien vers les blogs concernés, vous les trouverez par vous-mêmes : je refuse de leur faire la moindre pub. []

Un commentaire sur “Faire sa com’ politique sur le dos des enfants : la méthode Lafon”

  1. […] Assadi ensuite. Il nous avait échappé qu’en plus d’être une éminente spécialiste de la laïcité, Camélia Assadi était également une experte en vidéosurveillance. Car elle a asséné […]

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