Archive pour décembre 2011

Big Arnaud is watching you

lundi 12 décembre 2011
"Big Brother is watching you" écrivait Orwell dans 1984.

"Big Brother is watching you" écrivait Orwell dans 1984.

Castanet a peur. Castanet vit dans la terreur. Les bandes sillonnent la ville, les commerces sont attaqués, les dealers oeuvrent au vu et au su de tous, les meurtres en plein jour se multiplient.

C’est l’impression que j’ai eue l’an dernier quand La Depêche nous informait du projet démesuré de 30 caméras de vidéosurveillance d’Arnaud Lafon. 30 caméras, excusez du peu ! Puis pendant 9 mois, plus rien. Et au dernier conseil municipal, le sujet est revenu. Et pas qu’un peu : une annonce de 20 caméras pour un coût de 700.000€.

Soyons clairs : contrairement à certains qui sont par principe hostiles à toute forme de vidéosurveillance, je ne suis pas totalement opposé à ce système. Mais encore faut-il qu’il soit mis en place intelligemment. Et c’est évidemment là que le bât blesse. Car c’est une grande caractéristique d’Arnaud Lafon que de parler sans cesse de pragmatisme là où il fait de la communication et de l’idéologie. Illustration avec les caméras de vidéosurveillance.

Caméras partout, efficacité nulle part

Arnaud Lafon voulait faire la comparaison avec Toulouse. Comparons : 24 caméras à Toulouse pour 440.000 habitants, alors que Castanet, qui compte 11.000 habitants, veut mettre 20 caméras. Il y a comme une différence de taille…

Comparons également la méthode : une journée entière d’auditions et de débats avec des experts pour Toulouse ; rien pour Castanet, hormis une interview dans La Dépêche.

C’est d’ailleurs cette journée qui a permis à Toulouse d’entendre des experts, lesquels ont indiqué dans quelles conditions la vidéosurveillance est utile : dans des lieux clos, pour les bâtiments publics, et pour les lieux de rassemblements (notamment festifs, pour prévenir l’ivresse sur la voie publique, et les bagarres). Ca tombe bien : certaines des caméras de Castanet seront installées aux entrées de ville, notamment sur le rond-point d’Intermarché, là où justement leur effet est nul. Quant à mentionner la Foire d’Oc comme exemple de rassemblement pour justifier des caméras, ça vire au grotesque : installer des caméras pour un évènement annuel, c’est franchement surdimensionné.

Les exemples bidons

Alors quand les arguments sur le pragmatisme sont battus en brêche, la majorité a recours aux arguments les plus délirants :

  • Exemple 1 : on aurait ainsi pu éviter l’incendie du vestiaire du foot : grosse blague, il aurait suffi aux délinquants de mettre une cagoule pour perpétrer leur méfait.
  • Exemple 2 : on a pu trouver des voleurs de bijoux car ils avaient pris le bus. Justement, les caméras existent dans les bus, qui sont des lieux clos, et en rajouter dans la rue ne permettra pas de mieux identifier les voyageurs des bus ; on pourra aussi noter que le propriétaire de la bijouterie pourrait se munir de caméras (mais bon, c’est facile de mettre une cagoule).
  • Exemple 3 : on a pu identifier l’incendiaire de l’immeuble qui a coûté la vie d’une jeune étudiante castanéenne. Raté, la caméra était une caméra privée, située à l’intérieur de l’immeuble, et pas une caméra publique. Comparons ce qui est comparable…

Le grand n’importe quoi

Quand les exemples absurdes ont été épuisés, il est temps de sortir l’artillerie du grand n’importe quoi.

Arnaud Lafon tout d’abord, qui affirme que les seules libertés individuelles mises à mal par ces caméras sont celles des délinquants. Il se trouve que notre droit considère que les délinquants sont des personnes comme les autres, qu’il faut certes sanctionner, et qu’ils ont eux aussi des libertés individuelles. Dans le cas de la vidéosurveillance par exemple, la Cour Européenne des Droits de l’Homme a jugé, dans l’arrêt Perry contre Royaume-Uni, que l’utilisation de la vidéosurveillance avait violé les libertés d’un prévenu.

Camélia Assadi ensuite. Il nous avait échappé qu’en plus d’être une éminente spécialiste de la laïcité, Camélia Assadi était également une experte en vidéosurveillance. Car elle a asséné l’argument massue : il n’y a aucune donnée concrète sur l’efficacité de la vidéosurveillance. Et elle a utilisé cet argument en défense de ce dispositif. Un élémentaire principe de bonne gestion des finances publiques voudrait que l’on n’utilise pas des dispositifs qui existent depuis plusieurs années mais pour lesquels on n’a pas d’information sur leur efficacité. Ce principe n’a pas les faveurs de la municipalité. Mais le meilleur, c’est que Mme Assadi se trompe : c’est Alain Bauer, le président de la commission nationale de la vidéosurveillance et expert omniprésent de la sécurité, qui a lui-même indiqué dans quels cas ces dispositifs étaient efficaces. Il faut le citer, comme le fait OWNI :

Bruno Duvic : Alain Bauer, est-ce qu’on a précisément mesuré quand les caméras de vidéosurveillance étaient efficaces et quand elles l’étaient moins ?

Alain Bauer : Oui oui, on a de très nombreuses études sur la vidéoprotection, essentiellement anglo-saxonnes, qui montrent que dans les espaces fermés et clairement identifiés c’est très efficace, mais que plus c’est ouvert et moins on sait à quoi servent les caméras, moins c’est efficace, pour une raison simple, c’est qu’elles descendent rarement des poteaux avec leurs petits bras musclés pour arrêter les voleurs : la caméra c’est un outil, pas une solution en tant que telle…

C’est bien imagé, mais tout le monde aura compris. Quel dommage que Camélia Assadi ne soit pas allée écouter Alain Bauer avant de raconter n’importe quoi en conseil municipal.

Au final, encore une grande opération de communication, qui ne donnera qu’un résultat très limité pour un coût très élevé. Mais il faut bien trouver un emploi pour nos augmentations d’impôts. Vivement 2014 !