Archive pour février 2012

François Hollande : après l’espoir, la confiance

lundi 6 février 2012
François Hollande au meeting du Bourget le 22 janvier (Reuters)

François Hollande au meeting du Bourget le 22 janvier (Reuters)

Le souffle des primaires était retombé. Beaucoup de militants se demandaient si la campagne de François Hollande ne patinait pas un peu. Les bons sondages peinaient à masquer que les sondés ne voyaient pas une stature présidentielle dans la personne de François Hollande. Certes, il avait prévenu qu’il allait s’astreindre à une cure de silence jusqu’à la fin 2011, à cause des comptes de temps de parole du CSA. Mais enfin, beaucoup craignaient une normalisation qui tirait sur la banalisation.

La révélation du Bourget

Et puis le meeting du Bourget. 22 janvier 2012. Annoncé à 13h30. Du monde devant les portes dès 12h30. Nécessité d’ouvrir une deuxième salle pour accueillir 25.000 personnes en tout. Grande sobriété : 4 chansons de Yannick Noah, puis le discours de François Hollande.

Une stature véritablement présidentielle. Un discours indéniablement à gauche. Un discours en trois temps : la conception de la présidence de la République, l’aspect personnel (le fameux « fendre l’armure »), et les propositions avec les engagements.

Le choc fut total : l’adversaire UMP était pris au dépourvu, réduit à commenter la présence de Yannick Noah et à ressortir les critiques stéréotypées. Pardi, personne n’attendait les propositions, qui étaient prévues pour le jeudi ! Et l’UMP escomptait que les voeux aux outre-mers de Sarkozy éclipseraient l’entrée en campagne solennelle de François Hollande. Piètre calcul.

L’inquiétude fut balayée. Quel bonheur de lire l’enthousiasme de tous ceux qui doutaient, leur confiance revenue ! Un ami qui avait soutenu Montebourg me dit même qu’il pensait qu’aucun autre candidat à la primaire n’aurait pu faire un discours aussi remarquable.

L’homme présidentiel

Puis la présentation du projet, et surtout le passage dans « Des paroles et des actes ». On annonçait une boucherie : Hollande pulvérisé par Juppé. On a vu, oui.

D’abord François Hollande montrant toute sa détermination, tout le travail accompli pour être à la hauteur de la rencontre avec les Français, toute la hauteur de vue que l’on attend d’un futur président.

Ensuite, François Hollande impassible face à Alain Juppé. Un Juppé à la peine pour défendre le bilan calamiteux de Sarkozy, un Juppé qui perd ses nerfs quand Hollande le renvoie à son échec face à Merkel, un Juppé revenu à son arrogance. François Hollande, avec calme et détermination, renvoie Juppé à son bilan, expose ses priorités, ses choix, et en arrive à faire dire à Juppé « on verra ce que vous ferez » : la défaite a déjà été intégrée côté Juppé.

Sarkozy qui rame

Face à la révélation Hollande, à ce rouleau-compresseur qui a dominé l’agenda médiatique par sa rigueur, sa préparation, sa stature, Sarkozy a tenté de réagir. En montant lui-même au créneau, puis en envoyant Fillon. Double échec.

L’interview de Sarkozy était pour le moins surréaliste. Dans la « salle des fêtes » (jeu de mots involontaire ?) de l’Elysée, étalant ses riches tentures et ses dorures en pleine période de crise et de chômage endémique, Sarkozy apparut petit et isolé. 4 journalistes, et pas des plus féroces1, pour un président en fin de course, et qui flairant l’odeur de la défaite ont pour certains osé des relances ! Un Sarkozy qui faisait président avant son élection en 2007 et dont aujourd’hui tous les tics sont revenus, comme pour démontrer que l’homme a perdu toute maîtrise de soi, allant même jusqu’à apostropher agressivement ses interviewers. Un Sarkozy qui présente la TVA sociale comme ne créant pas d’inflation, mais la mettant en oeuvre en octobre seulement pour créer un surcroît de consommation d’ici là, et ne voyant pas là de contradiction. Un Sarkozy considérant que le plus important, c’est la décision, et pas l’action : remarquable résumé de 5 ans d’agitation et d’inaction. Bref, l’impression d’assister à un hara-kiri en direct, la dimension honorable en moins.

Quant à Fillon, égal à lui-même : survivant du 19ème siècle, notaire balzacien au ton compassé, défendant son bilan sans grande conviction, et s’enfermant dans un débat d’expert avec Martine Aubry. Laquelle l’a mis sérieusement en difficulté avec sa dernière question sur les discours de Dakar et de Grenoble, en l’obligeant à se solidariser de la position réactionnaire de Sarkozy. Bref, Fillon n’est que la courroie de transmission de la faillite sarkozyste, et sa présence à la télévision n’aura rien amené à Sarkozy.

Un camp conservateur en plein désarroi autour de son roi nu, un leader progressiste qui se montre aujourd’hui pleinement prêt à assumer la plus haute charge de la République : la peur a changé de camp, et à gauche, l’espoir fait maintenant place à la confiance et à la détermination. Le mois de mai 2012 s’annonce radieux pour la France.

  1. Laurent Delahousse avait même un exemplaire du « Georges Mandel » de Sarkozy à portée de main : a-t-il demandé sa dédicace à la fin ? []