Archive pour décembre 2012

Le mauvais cadeau de Noël d’Arnaud Lafon à Place Publique

dimanche 30 décembre 2012

A peine un mois avant Noël, Arnaud Lafon a annoncé à Place Publique qu’il ne renouvellerait pas le bail du local que l’association occupait depuis presque un an.

C’est une mesure de représailles. Place Publique a déposé un recours contre une décision de vente votée en conseil municipal, Arnaud Lafon comptait sur l’argent de la vente pour boucler son budget, donc il se venge.

L’explication fournie par M. Lafon est lapidaire : « Quand une association attaque une délibération de la collectivité votée à l’unanimité par le conseil municipal, nous n’avons pas vocation à continuer à l’héberger. » Donc il considère que la municipalité a vocation à héberger des associations qui s’opposent à elle tant qu’elles n’attaquent pas en justice ? C’est évidemment une plaisanterie : l’opposition à une politique ne saurait être que purement incantatoire, elle se traduit, le cas échéant, par des manifestations, des attaques devant les autorités compétentes, y compris les tribunaux. Soit Arnaud Lafon considérait qu’il ne voulait pas que Castanet héberge une association d’opposition, soit il acceptait toutes les conséquences d’héberger Place Publique.

On est dans une basse vengeance, comme un enfant à qui on a cassé son jouet va casser le jouet de l’autre. Mais au-delà, c’est un message adressé à tous les Castanéens : quiconque montrerait par des actes son opposition à une décision d’Arnaud Lafon serait susceptible de mesures de rétorsion de sa part. Que ces mesures puissent être légales ne les rendra jamais morales. Et la politique, c’est avant tout une question de morale et d’exemplarité. Zéro sur ce plan pour Arnaud Lafon.

Mariage pour tous, égalité pour tous

samedi 15 décembre 2012
Le mariage pour tous, c'est maintenant

Le mariage pour tous, c'est maintenant

Demain, nous marcherons à Toulouse et dans toute la France pour défendre le mariage pour tous.
Cette réforme est dans la continuité de la lutte historique de la gauche pour le progrès et l’égalité. C’est l’aboutissement logique du PACS, créé en 1999 sous le gouvernement Jospin. Et surtout, c’est un engagement fondamental de la campagne de François Hollande : l’engagement 31.

Dans quel siècle vivent-ils ?

Quand on lit, que l’on voit et que l’on entend les opposants au mariage pour tous, on se demande s’ils ont compris dans quelle société nous vivons aujourd’hui.
Inutile de mentionner l’extrême droite de Civitas : ces gens-là ne peuvent tenir qu’un discours de haine quel que soit le contexte, quel que soit le sujet.

Mentionnons quand même au passage les paravents homosexuels. Frigide Barjot les aime bien, les Dave, Catherine Lara, Hervé Villard qui s’opposent au mariage des homos. Elle trouve qu’ils doivent garder leur subversivité. On ne dira jamais assez combien Dave fait trembler l’ordre établi. La Barjot, qui, en bonne mère exemplaire, aime danser sur scène sans culotte et chanter « Fais-moi l’amour avec deux doigts », doit aussi trouver formidables ces homos qui ont intériorisé la discrimination, tel Xavier Bongibault, parfaitement inconnu jusqu’à sa découverte comme « le gay qui a une association contre le mariage homo », ou bien ce maire du Jurançon qui tient une cave viticole avec son compagnon et à qui la bouteille a tapé trop fort sur le crâne. J’ai connu un gay qui était catholique intégriste, considérant que les hétérosexuels ne devaient avoir des relations qu’en vue de la reproduction, que la femme devait avoir le crâne rasé et porter un voile, que la royauté était une époque bénie, que la République était la gueuse bien qu’elle le payât comme enseignant, et que lui étant homosexuel il pouvait avoir la vie sexuelle qu’il voulait il brûlerait de toutes façons dans les flammes de l’enfer. J’avoue ne l’avoir jamais trouvé très représentatif des homosexuels de France.

A tout seigneur tout honneur : les grandes religions sont évidemment opposées au projet. Les plus visibles sont les catholiques. Et ce sont aussi ceux qui véhiculent le message le plus délirant. Quand l’évêque Barbarin, un prélat considéré comme modéré et social, présente l’ouverture du mariage aux couples homosexuels comme étant la porte ouverte à la polygamie, on mesure combien cette réforme fait perdre tout sens des réalités aux catholiques conservateurs de France. Et combien ces mêmes catholiques ont perdu le lien avec l’évolution des mentalités de notre pays. Ces propos, ainsi que les injures homophobes et l’assimilation à un pédophile, me confortent dans le choix que j’ai fait de quitter la religion et de cesser de croire, et je ne serai pas surpris que les catholiques perdent encore des fidèles par autant d’intolérance.
Ce biais manifestement homophobe du clergé catholique est d’autant plus choquant que l’application de la doctrine de l’Eglise, notamment sociale, ne se traduit jamais par des défilés ou des marches publiques. Ces manifestations sont réservées à la lutte contre les droits accordés aux homosexuels. On mesure là toute la sincérité de l’engagement « social » de l’Eglise de France.

L’intérêt de l’enfant, vraiment ?

Mais l’opposition n’est pas que religieuse ou simplement timbrée. Certains rejettent cette ouverture du mariage et de l’adoption au nom de grands principes. Le principal est évidement la protection des enfants. Ils déclinent ce grand principe en deux principaux arguments.

Premier argument : les enfants grandissant dans des couples homoparentaux souffrent de déséquilibres, notamment par manque de référence à la norme, laquelle st évidemment hétérosexuelle. La formulation la plus délirante de cet argument revient au trop méconnu député Nicolas Dhuicq, de l’UMP, qui a profité du débat sur la sécurité pour dire que les enfants élevés dans des couples de même sexe risquent de devenir des terroristes par manque de réfèrent paternel. Rien de moins. On croit halluciner. J’ignorais que Ben Laden avait grandi dans une famille homoparentale. Et les enfants élevés par deux hommes ne doivent pas manquer de référent paternel ! Cet argument est battu en brèche par les diverses études réalisées sur les enfants élevés dans des couples homosexuels : ils ne souffrent pas plus que les autres. Comme pour les enfants qui grandissent dans des couples hétérosexuels, ce sont les défauts des adultes et de leurs couples qui causent du tort aux enfants : instabilité, divorce, disputes entre conjoints sont nocifs pour les enfants, quel que soit la sexualité des parents.

Deuxième argument : les enfants des couples homosexuels souffrent du regard des autres, notamment à l’école. La réponse est simple : traitons le problème à la racine, en luttant contre l’homophobie des parents et de leurs enfants, plutôt que de refuser l’égalité des droits. Car c’est l’homophobie des adultes qui fait mal, aux parents homosexuels comme à leurs enfants, et c’est elle qui doit être combattue.

En tous temps et en tous lieux…

Au-delà de la protection de l’enfant, un certain nombre d’arguments s’accrochent à l’idée que le mariage entre homme et femme est une constante de toutes les sociétés humaines. La réponse à cette analyse anthropologique de comptoir est magnifiquement apportée par les anthropologues Françoise Héritier et Maurice Godelier, notamment lors de leur audition à l’Assemblée Nationale ce jeudi 13 décembre (voir aussi la superbe intervention de la philosophe Elisabeth Badinter). En résumé : le mariage tel que nous le connaissons n’est certainement pas une réalité universelle ni intemporelle, et des unions homosexuelles existent dans d’autres sociétés que la nôtre. J’ajouterai que d’autre pays ont légalisé les unions homosexuelles, comme le Canada en 2001, et qu’ils se portent bien, merci pour eux.

Une question de justice et d’égalité

Mais au fond, pourquoi changer le fonctionnement de l’institution maritale ?

Premier point : cette institution a été beaucoup modifiée dans les 50 dernières années, en particulier par les réformes successives du divorce qui ont abouti à le faciliter. Le mariage n’est plus cette institution intangible, ce lien indéfectible entre un homme et une femme. Il est aujourd’hui vécu comme une preuve d’amour entre deux êtres, ayant vocation à fonder une famille.

Deuxième point : nos mentalités ont beaucoup changé, que ce soit par rapport aux homosexuels ou à la famille. Ainsi, l’adoption à l’étranger est désormais répandue. De même, l’introduction de la procréation médicalement assistée (PMA) a changé les modalités de la filiation en introduisant un véritable droit à l’enfant : considérer que la société doit pallier les incohérences biologiques de la nature quand il s’agit de procréation, c’est entériner la volonté d’enfant des couples. Enfin, l’homosexualité est aujourd’hui largement acceptée dans nos sociétés occidentales, aidée en cela par les progrès de la science qui, d’étude en étude, ne cesse de conforter l’hypothèse d’une origine biologique de l’homosexualité.

Tous ces changements se combinent avec l’aspiration généralisée à l’autonomie des individus, au respect de leurs choix, et à la reconnaissance de l’égalité, moteur historique de la gauche française.

Mettre fin aux discriminations en matière de mariage, d’adoption et de PMA est donc dans l’ADN de la gauche. Et c’est surtout un progrès historique pour notre pays. Vivement que la loi doit votée !

Congrès PS et UMP : fin de cycle

mardi 4 décembre 2012

Le congrès de Toulouse du PS vient à peine de s’achever, et celui de l’UMP n’en finit plus de se terminer.

Au PS, un congrès « normal »

Pour le PS, ce congrès vient clore un cycle qui s’est mal commencé : défaite de Ségolène Royal en 2007, désastreux congrès de Reims avec ses accusations de tricherie et sa synthèse bancale. Mais après cette phase douloureuse, complétée par la spectaculaire défaite des européennes en 2009, le parti s’est ressaisi pour se remettre au travail. Des réformes internes ont été entreprises, validées par les militants un peu trop rapidement pour que tout le monde en saisisse bien les implications. Le travail de fond sur le projet a été entrepris, même si sur certains domaines on peut regretter la faiblesse du travail opéré. Et enfin, cerise sur le gâteau de la rénovation, les primaires citoyennes ont permis un grand élan de mobilisation du peuple de gauche, avec un véritable débat de fond, et la désignation d’un candidat avec une forte légitimité. Tout ce travail a conduit à la belle victoire du 6 mai 2012.

Comme lors des victoires de 1981 et 1997, le PS a fait le choix de l’unité et du rassemblement au sein d’une motion ultra-majoritaire. C’est la conséquence de deux contraintes :

  • Les motions sont des textes d’orientation de politique générale, qui indiquent la politique nationale que le PS portera jusqu’à son prochain congrès.
  • La nécessité de soutenir et défendre l’action de François Hollande et du gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

La conséquence logique de ces deux éléments est la motion dont la ligne est celle que François Hollande a défendue pendant les primaires puis pendant la campagne présidentielle. Les représentants des autres motions ont certes indiqué qu’ils étaient hollandais, mais ils défendaient dans le même temps des orientations et des propositions qui non seulement n’étaient pas dans la ligne que François Hollande a toujours défendue, mais en plus n’avaient pas reçu l’onction du suffrage universel, au contraire du programme présidentiel de François Hollande. Quelle légitimité donc pour ces propositions partisanes face à la légitimité du peuple ?

On peut déplorer que le débat de fond ait été limité par ces deux contraintes. Il me semble que notre parti devrait se poser la question de l’organisation de ses congrès de lendemain de victoire nationale : ne pourrait-on par exemple envisager d’avoir des motions débattant de nos orientations de politique locale, puisque notre parti porte haut et fort son ambition décentralisatrice ?

Un dernier mot pour ce congrès sur Harlem Désir. Les conditions de sa désignation ne sont certes pas les meilleures que l’on pouvait souhaiter. Il n’est pas pour autant le choix par défaut. Parmi les camarades qui ne sont pas au gouvernement, il est assurément le plus compétent, le plus fiable, et le plus respecté par les militants. Il a montré lors des primaires citoyennes sa capacité à assurer l’indépendance du parti et le respect de l’égalité de traitement des candidats. Un autre choix a un temps été envisagé, celui de Jean-Christophe Cambadélis, mais sa candidature n’aurait pas recueilli un vote suffisamment favorable des militants. Harlem Désir était donc le meilleur choix possible pour le PS, et il sera un premier secrétaire fidèle à la majorité présidentielle.

L’UMP est en ruines

Ce constat peut sembler excessif, mais les rebondissements permanents de ces derniers jours montrent que la sérénité est loin de revenir à l’UMP. Jean-François et François n’arrêtent plus de se rencontrer, semblant ignorer que les militants ne peuvent plus les voir. Nathalie et Bruno reviennent sur le devant de la scène en disant qu’un nouveau vote serait une bonne idée. A l’Assemblée Nationale, les UMP et RUMP feront prochainement bancs à part.

Cette situation a une cause importante : la permanence de Nicolas Sarkozy à l’UMP, qui est devenu le retraité le plus actif de la politique tout en siégeant au Conseil Constitutionnel. Parce que l’UMP n’a pas fait son deuil de Sarkozy, parce qu’elle refuse d’ouvrir les yeux sur les raisons de son rejet en 2012, elle s’est lancée dans une course effrénée au « plus sarkozyste que moi tu meurs », en totale déconnexion avec les Français.

Mais Nicolas Sarkozy lui-même est aujourd’hui dépassé : son intervention dans les coulisses a totalement échoué, Copé et Fillon étant aujourd’hui enfermés dans leur logique mortifère et sourds à tout appel à la raison. Preuve qu’aujourd’hui, Sarkozy a lui aussi perdu la main.

Certains font le parallèle avec le congrès de Reims du PS, qui nous avait vus nous entre-déchirer devant toute la France, et en déduisent que l’UMP peut se remettre rapidement, comme le PS l’a fait en emportant toutes les élections depuis 2010. La comparaison est faussée : le PS était dans l’opposition depuis 2002 au plan national, et il avait eu le temps de faire un bilan du jospinisme et de réaliser un travail programmatique. A contrario, l’UMP reste prisonnière du sarkozysme, toute à son culte du grand homme et à sa nostalgie. Elle en oublie le travail de fond, comme en témoigne la victoire de la Droite forte, bien à droite de l’UMP, dont l’ancrage idéologique est aussi fiable que celui de ses deux co-animateurs, l’un venu du FN1 et l’autre de la gauche de l’UMP2.

Aujourd’hui, l’UMP n’a plus ni leader ni programme. Elle ne peut pas gagner les présidentielles de 2017 sur ses propres forces. Elle doit donc parier sur un échec de François Hollande et une division de la gauche. A nous de lui donner tort.

  1. Guillaume Peltier a été membre du FN []
  2. Geoffroy Didier a été membre de la Diagonale, club des sarkozystes de gauche (prière de ne pas rire) []