Congrès PS et UMP : fin de cycle

Le congrès de Toulouse du PS vient à peine de s’achever, et celui de l’UMP n’en finit plus de se terminer.

Au PS, un congrès « normal »

Pour le PS, ce congrès vient clore un cycle qui s’est mal commencé : défaite de Ségolène Royal en 2007, désastreux congrès de Reims avec ses accusations de tricherie et sa synthèse bancale. Mais après cette phase douloureuse, complétée par la spectaculaire défaite des européennes en 2009, le parti s’est ressaisi pour se remettre au travail. Des réformes internes ont été entreprises, validées par les militants un peu trop rapidement pour que tout le monde en saisisse bien les implications. Le travail de fond sur le projet a été entrepris, même si sur certains domaines on peut regretter la faiblesse du travail opéré. Et enfin, cerise sur le gâteau de la rénovation, les primaires citoyennes ont permis un grand élan de mobilisation du peuple de gauche, avec un véritable débat de fond, et la désignation d’un candidat avec une forte légitimité. Tout ce travail a conduit à la belle victoire du 6 mai 2012.

Comme lors des victoires de 1981 et 1997, le PS a fait le choix de l’unité et du rassemblement au sein d’une motion ultra-majoritaire. C’est la conséquence de deux contraintes :

  • Les motions sont des textes d’orientation de politique générale, qui indiquent la politique nationale que le PS portera jusqu’à son prochain congrès.
  • La nécessité de soutenir et défendre l’action de François Hollande et du gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

La conséquence logique de ces deux éléments est la motion dont la ligne est celle que François Hollande a défendue pendant les primaires puis pendant la campagne présidentielle. Les représentants des autres motions ont certes indiqué qu’ils étaient hollandais, mais ils défendaient dans le même temps des orientations et des propositions qui non seulement n’étaient pas dans la ligne que François Hollande a toujours défendue, mais en plus n’avaient pas reçu l’onction du suffrage universel, au contraire du programme présidentiel de François Hollande. Quelle légitimité donc pour ces propositions partisanes face à la légitimité du peuple ?

On peut déplorer que le débat de fond ait été limité par ces deux contraintes. Il me semble que notre parti devrait se poser la question de l’organisation de ses congrès de lendemain de victoire nationale : ne pourrait-on par exemple envisager d’avoir des motions débattant de nos orientations de politique locale, puisque notre parti porte haut et fort son ambition décentralisatrice ?

Un dernier mot pour ce congrès sur Harlem Désir. Les conditions de sa désignation ne sont certes pas les meilleures que l’on pouvait souhaiter. Il n’est pas pour autant le choix par défaut. Parmi les camarades qui ne sont pas au gouvernement, il est assurément le plus compétent, le plus fiable, et le plus respecté par les militants. Il a montré lors des primaires citoyennes sa capacité à assurer l’indépendance du parti et le respect de l’égalité de traitement des candidats. Un autre choix a un temps été envisagé, celui de Jean-Christophe Cambadélis, mais sa candidature n’aurait pas recueilli un vote suffisamment favorable des militants. Harlem Désir était donc le meilleur choix possible pour le PS, et il sera un premier secrétaire fidèle à la majorité présidentielle.

L’UMP est en ruines

Ce constat peut sembler excessif, mais les rebondissements permanents de ces derniers jours montrent que la sérénité est loin de revenir à l’UMP. Jean-François et François n’arrêtent plus de se rencontrer, semblant ignorer que les militants ne peuvent plus les voir. Nathalie et Bruno reviennent sur le devant de la scène en disant qu’un nouveau vote serait une bonne idée. A l’Assemblée Nationale, les UMP et RUMP feront prochainement bancs à part.

Cette situation a une cause importante : la permanence de Nicolas Sarkozy à l’UMP, qui est devenu le retraité le plus actif de la politique tout en siégeant au Conseil Constitutionnel. Parce que l’UMP n’a pas fait son deuil de Sarkozy, parce qu’elle refuse d’ouvrir les yeux sur les raisons de son rejet en 2012, elle s’est lancée dans une course effrénée au « plus sarkozyste que moi tu meurs », en totale déconnexion avec les Français.

Mais Nicolas Sarkozy lui-même est aujourd’hui dépassé : son intervention dans les coulisses a totalement échoué, Copé et Fillon étant aujourd’hui enfermés dans leur logique mortifère et sourds à tout appel à la raison. Preuve qu’aujourd’hui, Sarkozy a lui aussi perdu la main.

Certains font le parallèle avec le congrès de Reims du PS, qui nous avait vus nous entre-déchirer devant toute la France, et en déduisent que l’UMP peut se remettre rapidement, comme le PS l’a fait en emportant toutes les élections depuis 2010. La comparaison est faussée : le PS était dans l’opposition depuis 2002 au plan national, et il avait eu le temps de faire un bilan du jospinisme et de réaliser un travail programmatique. A contrario, l’UMP reste prisonnière du sarkozysme, toute à son culte du grand homme et à sa nostalgie. Elle en oublie le travail de fond, comme en témoigne la victoire de la Droite forte, bien à droite de l’UMP, dont l’ancrage idéologique est aussi fiable que celui de ses deux co-animateurs, l’un venu du FN1 et l’autre de la gauche de l’UMP2.

Aujourd’hui, l’UMP n’a plus ni leader ni programme. Elle ne peut pas gagner les présidentielles de 2017 sur ses propres forces. Elle doit donc parier sur un échec de François Hollande et une division de la gauche. A nous de lui donner tort.

  1. Guillaume Peltier a été membre du FN []
  2. Geoffroy Didier a été membre de la Diagonale, club des sarkozystes de gauche (prière de ne pas rire) []

Un commentaire sur “Congrès PS et UMP : fin de cycle”

  1. marie neihouser dit :

    Bonjour Patrick,

    doctorante en science politique à l’Université Montpellier I (laboratoire CEPEL CNRS), je réalise une thèse sur la blogosphère.
    En acceptant de répondre à ce questionnaire (temps estimé : 15 min), vous apportez une aide précieuse à mes recherches .
    Vos réponses seront traitées de façon confidentielle.

    En vous remerciant,

    Voici le lien vers le questionnaire :

    https://docs.google.com/spreadsheet/viewform?formkey=dHZZSVdhWGxzZjZMbmluTXVWVkFGV0E6MQ#gid=0

    Cordialement,

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