Mariage pour tous, égalité pour tous

Le mariage pour tous, c'est maintenant

Le mariage pour tous, c'est maintenant

Demain, nous marcherons à Toulouse et dans toute la France pour défendre le mariage pour tous.
Cette réforme est dans la continuité de la lutte historique de la gauche pour le progrès et l’égalité. C’est l’aboutissement logique du PACS, créé en 1999 sous le gouvernement Jospin. Et surtout, c’est un engagement fondamental de la campagne de François Hollande : l’engagement 31.

Dans quel siècle vivent-ils ?

Quand on lit, que l’on voit et que l’on entend les opposants au mariage pour tous, on se demande s’ils ont compris dans quelle société nous vivons aujourd’hui.
Inutile de mentionner l’extrême droite de Civitas : ces gens-là ne peuvent tenir qu’un discours de haine quel que soit le contexte, quel que soit le sujet.

Mentionnons quand même au passage les paravents homosexuels. Frigide Barjot les aime bien, les Dave, Catherine Lara, Hervé Villard qui s’opposent au mariage des homos. Elle trouve qu’ils doivent garder leur subversivité. On ne dira jamais assez combien Dave fait trembler l’ordre établi. La Barjot, qui, en bonne mère exemplaire, aime danser sur scène sans culotte et chanter « Fais-moi l’amour avec deux doigts », doit aussi trouver formidables ces homos qui ont intériorisé la discrimination, tel Xavier Bongibault, parfaitement inconnu jusqu’à sa découverte comme « le gay qui a une association contre le mariage homo », ou bien ce maire du Jurançon qui tient une cave viticole avec son compagnon et à qui la bouteille a tapé trop fort sur le crâne. J’ai connu un gay qui était catholique intégriste, considérant que les hétérosexuels ne devaient avoir des relations qu’en vue de la reproduction, que la femme devait avoir le crâne rasé et porter un voile, que la royauté était une époque bénie, que la République était la gueuse bien qu’elle le payât comme enseignant, et que lui étant homosexuel il pouvait avoir la vie sexuelle qu’il voulait il brûlerait de toutes façons dans les flammes de l’enfer. J’avoue ne l’avoir jamais trouvé très représentatif des homosexuels de France.

A tout seigneur tout honneur : les grandes religions sont évidemment opposées au projet. Les plus visibles sont les catholiques. Et ce sont aussi ceux qui véhiculent le message le plus délirant. Quand l’évêque Barbarin, un prélat considéré comme modéré et social, présente l’ouverture du mariage aux couples homosexuels comme étant la porte ouverte à la polygamie, on mesure combien cette réforme fait perdre tout sens des réalités aux catholiques conservateurs de France. Et combien ces mêmes catholiques ont perdu le lien avec l’évolution des mentalités de notre pays. Ces propos, ainsi que les injures homophobes et l’assimilation à un pédophile, me confortent dans le choix que j’ai fait de quitter la religion et de cesser de croire, et je ne serai pas surpris que les catholiques perdent encore des fidèles par autant d’intolérance.
Ce biais manifestement homophobe du clergé catholique est d’autant plus choquant que l’application de la doctrine de l’Eglise, notamment sociale, ne se traduit jamais par des défilés ou des marches publiques. Ces manifestations sont réservées à la lutte contre les droits accordés aux homosexuels. On mesure là toute la sincérité de l’engagement « social » de l’Eglise de France.

L’intérêt de l’enfant, vraiment ?

Mais l’opposition n’est pas que religieuse ou simplement timbrée. Certains rejettent cette ouverture du mariage et de l’adoption au nom de grands principes. Le principal est évidement la protection des enfants. Ils déclinent ce grand principe en deux principaux arguments.

Premier argument : les enfants grandissant dans des couples homoparentaux souffrent de déséquilibres, notamment par manque de référence à la norme, laquelle st évidemment hétérosexuelle. La formulation la plus délirante de cet argument revient au trop méconnu député Nicolas Dhuicq, de l’UMP, qui a profité du débat sur la sécurité pour dire que les enfants élevés dans des couples de même sexe risquent de devenir des terroristes par manque de réfèrent paternel. Rien de moins. On croit halluciner. J’ignorais que Ben Laden avait grandi dans une famille homoparentale. Et les enfants élevés par deux hommes ne doivent pas manquer de référent paternel ! Cet argument est battu en brèche par les diverses études réalisées sur les enfants élevés dans des couples homosexuels : ils ne souffrent pas plus que les autres. Comme pour les enfants qui grandissent dans des couples hétérosexuels, ce sont les défauts des adultes et de leurs couples qui causent du tort aux enfants : instabilité, divorce, disputes entre conjoints sont nocifs pour les enfants, quel que soit la sexualité des parents.

Deuxième argument : les enfants des couples homosexuels souffrent du regard des autres, notamment à l’école. La réponse est simple : traitons le problème à la racine, en luttant contre l’homophobie des parents et de leurs enfants, plutôt que de refuser l’égalité des droits. Car c’est l’homophobie des adultes qui fait mal, aux parents homosexuels comme à leurs enfants, et c’est elle qui doit être combattue.

En tous temps et en tous lieux…

Au-delà de la protection de l’enfant, un certain nombre d’arguments s’accrochent à l’idée que le mariage entre homme et femme est une constante de toutes les sociétés humaines. La réponse à cette analyse anthropologique de comptoir est magnifiquement apportée par les anthropologues Françoise Héritier et Maurice Godelier, notamment lors de leur audition à l’Assemblée Nationale ce jeudi 13 décembre (voir aussi la superbe intervention de la philosophe Elisabeth Badinter). En résumé : le mariage tel que nous le connaissons n’est certainement pas une réalité universelle ni intemporelle, et des unions homosexuelles existent dans d’autres sociétés que la nôtre. J’ajouterai que d’autre pays ont légalisé les unions homosexuelles, comme le Canada en 2001, et qu’ils se portent bien, merci pour eux.

Une question de justice et d’égalité

Mais au fond, pourquoi changer le fonctionnement de l’institution maritale ?

Premier point : cette institution a été beaucoup modifiée dans les 50 dernières années, en particulier par les réformes successives du divorce qui ont abouti à le faciliter. Le mariage n’est plus cette institution intangible, ce lien indéfectible entre un homme et une femme. Il est aujourd’hui vécu comme une preuve d’amour entre deux êtres, ayant vocation à fonder une famille.

Deuxième point : nos mentalités ont beaucoup changé, que ce soit par rapport aux homosexuels ou à la famille. Ainsi, l’adoption à l’étranger est désormais répandue. De même, l’introduction de la procréation médicalement assistée (PMA) a changé les modalités de la filiation en introduisant un véritable droit à l’enfant : considérer que la société doit pallier les incohérences biologiques de la nature quand il s’agit de procréation, c’est entériner la volonté d’enfant des couples. Enfin, l’homosexualité est aujourd’hui largement acceptée dans nos sociétés occidentales, aidée en cela par les progrès de la science qui, d’étude en étude, ne cesse de conforter l’hypothèse d’une origine biologique de l’homosexualité.

Tous ces changements se combinent avec l’aspiration généralisée à l’autonomie des individus, au respect de leurs choix, et à la reconnaissance de l’égalité, moteur historique de la gauche française.

Mettre fin aux discriminations en matière de mariage, d’adoption et de PMA est donc dans l’ADN de la gauche. Et c’est surtout un progrès historique pour notre pays. Vivement que la loi doit votée !

Un commentaire sur “Mariage pour tous, égalité pour tous”

  1. Alors qu’il s’agit de quelque chose de nouveau (le mariage homosexuel n’existe pas en France, mais l’union oui), je dénonce le procédé grossier qui consiste à se placer dans la situation cible (en requalifiant ce qui est une union), pour ensuite prétendre être la victime « sur tous les plans » (procès d’intentions globales) de ceux qui souhaitent simplement que l’amalgame revendiqué n’arrive pas. Je rappelle à l’auteur de ce texte que tous ses enfants ont un père (ce que n’auront pas les enfants « qui seront créés » dans le cadre des mariages homosexuels). Les couples homosexuels ont nécessairement un impact sur la définition émotionnelle des enfants (qu’ils soient de même sexe ou de sexe différent des adultes qui les élèvent). Quoi qu’il arrive dans les couples hétéro (cas particuliers), il n’est pas du rôle de l’Etat et de la Loi de favoriser l’émergence de couples qui ne peuvent procréer ensemble. Il n’est pas non plus dans son rôle d’aller chercher dans le détail si deux individus pourront procréer ensemble (rien n’est de toutes façons jamais définitif en la matière), mais il y a tout de même des cas évidents où l’impossibilité est avérée. Deux adultes du même sexe n’ont pas la possibilité de procréer ensemble. Pour cette raison, le mariage doit rester une union spécifique prévue pour les couples hétéros.

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