Archive pour janvier 2013

Tugdual Derville, sainte nitouche et dame patronnesse

mercredi 30 janvier 2013
Tugdual Derville, Christine Boutin et Lionnel Luca, homophobes depuis 1999

Tugdual Derville, Christine Boutin et Lionnel Luca, homophobes depuis 1999

Je n’avais pas envie de reparler de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe (le fameux « Mariage pour tous »). J’espérais que depuis le PACS en 1999, l’homophobie était devenue suffisamment honteuse, et ses tenants suffisamment discrédités, pour que cette honte de notre société ne fasse pas les gros titres des journaux. Il n’en a rien été, hélas.

Sous couvert de « promouvoir la protection de la vie humaine et le respect de la dignité de toute personne », l’association Alliance Vita, fondé par Christine Boutin, défend une vision conservatrice et réactionnaire de la famille. Et son délégué général Tugdual Derville s’illustre en la matière depuis 1999 et sa lutte contre le PACS.

Or voici que récemment, invité à la convention sur la famille de l’UMP, T. Derville a prononcé les paroles suivantes1:

Je sais bien que nous marchons sur des œufs, qu’il y a des désirs extrêmement forts derrière ces revendications. Le désir d’être reconnu, car il n’y a pas pire sans doute souffrance que de se sentir rejeté : je parle des personnes concernées par l’homosexualité. Et aussi le désir d’engendrement. C’est très beau et très noble. Mais justement, en démocratie, par rapport à tous nos désirs, il n’y a pas que ce désir là, il n’y a pas que les personnes homosexuelles qui peuvent être concernées par ce désir. Moi, j’accompagne beaucoup de personnes par exemple qui ont des problèmes de handicap mental, et qui souffrent aussi de l’impossibilité pour elles de se marier. Parce que ce n’est pas possible non plus pour elles. Hé bien la démocratie, et nos propres comportements, en démocratie, s’honorent parce que la loi, parfois, régule justement ces désirs. Si les désirs ne sont pas régulés, c’est la loi du plus fort, et c’est le plus faible qui en fait les frais.

Quelques hurlements à ma gauche, disant que T. Derville qualifie les homosexuels de débiles (ce qui est faux). Une molle défense de l’impétrant par un avocat bien catholique donc bien conservateur chez Laurent de Boissieu. Et puis c’est tout : BFM TV et iTélé avaient quand même l’arrivée d’un skipper à couvrir, c’est plus important.

Ce qui est choquant, c’est ce côté dame patronnesse que révèle cette saillie de Tugdual Derville : on veut bien tolérer les homosexuels, mais à la condition qu’ils ne réclament rien, et qu’ils se contentent de ce que les hétérosexuels leur auront défini comme étant mieux pour eux. Les homosexuels ne peuvent pas dire ce qui est bon pour eux. On pourrait presque les mettre sous curatelle (pas la tutelle quand même, ça serait un peu excessif… Encore que !).

Il se trouve que les homosexuels, comme les femmes, sont tout à fait capables de définir ce qui est bon pour eux et pour la société, et qu’ils n’ont pas besoin qu’un bien (mal) pensant comme Tugdual Derville vienne leur expliquer en quoi il sait mieux qu’eux ce qui est bon pour eux, et pour la société. Et c’est justement contre cela qu’ils ont manifesté en décembre et en janvier, c’est justement pour cela qu’ils ont voté François Hollande en 2012.

Si ce récidiviste de l’intolérance qu’est Tugdual Derville avait retenu quelque chose de son opposition au PACS, il n’aurait pas tenu des propos aussi condescendants et méprisants. Il aurait appris des propos forts et humanistes de Roselyne Bachelot en 1999 :

Et pour lever toute ambiguité, je réponds à la question : le pacte de solidarité a-t-il pour origine une revendication portée par des associations homosexuelles ? Et bien oui ! Bien sûr !
Mais qui mieux que des homosexuels pouvaient, à partir de leur expérience de solitude, de rejet, de mépris, faire le diagnostic des difficultés qui rongent notre société ?

Ils et elles ne veulent ni le dégoût des saintes nitouches, ni la commisération des dames patronnesses.

Bâtir un projet où chacun et chacune d’entre nous pourra se retrouver lui, ses enfants, ses parents, à un moment où à l’autre de sa vie, car finalement nous ne reconnaissons ici qu’une communauté, la République.

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  1. Récupérées chez Laurent de Boissieu []