Archive pour la catégorie ‘Choses importantes’

François Hollande : après l’espoir, la confiance

lundi 6 février 2012
François Hollande au meeting du Bourget le 22 janvier (Reuters)

François Hollande au meeting du Bourget le 22 janvier (Reuters)

Le souffle des primaires était retombé. Beaucoup de militants se demandaient si la campagne de François Hollande ne patinait pas un peu. Les bons sondages peinaient à masquer que les sondés ne voyaient pas une stature présidentielle dans la personne de François Hollande. Certes, il avait prévenu qu’il allait s’astreindre à une cure de silence jusqu’à la fin 2011, à cause des comptes de temps de parole du CSA. Mais enfin, beaucoup craignaient une normalisation qui tirait sur la banalisation.

La révélation du Bourget

Et puis le meeting du Bourget. 22 janvier 2012. Annoncé à 13h30. Du monde devant les portes dès 12h30. Nécessité d’ouvrir une deuxième salle pour accueillir 25.000 personnes en tout. Grande sobriété : 4 chansons de Yannick Noah, puis le discours de François Hollande.

Une stature véritablement présidentielle. Un discours indéniablement à gauche. Un discours en trois temps : la conception de la présidence de la République, l’aspect personnel (le fameux « fendre l’armure »), et les propositions avec les engagements.

Le choc fut total : l’adversaire UMP était pris au dépourvu, réduit à commenter la présence de Yannick Noah et à ressortir les critiques stéréotypées. Pardi, personne n’attendait les propositions, qui étaient prévues pour le jeudi ! Et l’UMP escomptait que les voeux aux outre-mers de Sarkozy éclipseraient l’entrée en campagne solennelle de François Hollande. Piètre calcul.

L’inquiétude fut balayée. Quel bonheur de lire l’enthousiasme de tous ceux qui doutaient, leur confiance revenue ! Un ami qui avait soutenu Montebourg me dit même qu’il pensait qu’aucun autre candidat à la primaire n’aurait pu faire un discours aussi remarquable.

L’homme présidentiel

Puis la présentation du projet, et surtout le passage dans « Des paroles et des actes ». On annonçait une boucherie : Hollande pulvérisé par Juppé. On a vu, oui.

D’abord François Hollande montrant toute sa détermination, tout le travail accompli pour être à la hauteur de la rencontre avec les Français, toute la hauteur de vue que l’on attend d’un futur président.

Ensuite, François Hollande impassible face à Alain Juppé. Un Juppé à la peine pour défendre le bilan calamiteux de Sarkozy, un Juppé qui perd ses nerfs quand Hollande le renvoie à son échec face à Merkel, un Juppé revenu à son arrogance. François Hollande, avec calme et détermination, renvoie Juppé à son bilan, expose ses priorités, ses choix, et en arrive à faire dire à Juppé « on verra ce que vous ferez » : la défaite a déjà été intégrée côté Juppé.

Sarkozy qui rame

Face à la révélation Hollande, à ce rouleau-compresseur qui a dominé l’agenda médiatique par sa rigueur, sa préparation, sa stature, Sarkozy a tenté de réagir. En montant lui-même au créneau, puis en envoyant Fillon. Double échec.

L’interview de Sarkozy était pour le moins surréaliste. Dans la « salle des fêtes » (jeu de mots involontaire ?) de l’Elysée, étalant ses riches tentures et ses dorures en pleine période de crise et de chômage endémique, Sarkozy apparut petit et isolé. 4 journalistes, et pas des plus féroces1, pour un président en fin de course, et qui flairant l’odeur de la défaite ont pour certains osé des relances ! Un Sarkozy qui faisait président avant son élection en 2007 et dont aujourd’hui tous les tics sont revenus, comme pour démontrer que l’homme a perdu toute maîtrise de soi, allant même jusqu’à apostropher agressivement ses interviewers. Un Sarkozy qui présente la TVA sociale comme ne créant pas d’inflation, mais la mettant en oeuvre en octobre seulement pour créer un surcroît de consommation d’ici là, et ne voyant pas là de contradiction. Un Sarkozy considérant que le plus important, c’est la décision, et pas l’action : remarquable résumé de 5 ans d’agitation et d’inaction. Bref, l’impression d’assister à un hara-kiri en direct, la dimension honorable en moins.

Quant à Fillon, égal à lui-même : survivant du 19ème siècle, notaire balzacien au ton compassé, défendant son bilan sans grande conviction, et s’enfermant dans un débat d’expert avec Martine Aubry. Laquelle l’a mis sérieusement en difficulté avec sa dernière question sur les discours de Dakar et de Grenoble, en l’obligeant à se solidariser de la position réactionnaire de Sarkozy. Bref, Fillon n’est que la courroie de transmission de la faillite sarkozyste, et sa présence à la télévision n’aura rien amené à Sarkozy.

Un camp conservateur en plein désarroi autour de son roi nu, un leader progressiste qui se montre aujourd’hui pleinement prêt à assumer la plus haute charge de la République : la peur a changé de camp, et à gauche, l’espoir fait maintenant place à la confiance et à la détermination. Le mois de mai 2012 s’annonce radieux pour la France.

  1. Laurent Delahousse avait même un exemplaire du « Georges Mandel » de Sarkozy à portée de main : a-t-il demandé sa dédicace à la fin ? []

Sarkozy et le triple A : comment choisir son bourreau

mercredi 18 janvier 2012
Nicolas Sarkozy, pénitent blanc

Nicolas Sarkozy, pénitent blanc

Le psychodrame qui s’est noué ce week-end autour de la dégradation de la France par Standard & Poors restera dans les annales. Il sera étudié par tous les communicants politiques comme un cas d’école de choix de communication catastrophique.

Acte 1 : soumission

Avant que Nicolas Sarkozy ne dramatise la perte de ce précieux sésame, la France entière, à l’exception de quelques « spécialistes », se moquait éperdument de cette note. Le fétichisme français pour la notation n’avait pas poussé les français jusqu’à s’intéresser aux oracles des triplés de la notation.

Mais l’été dernier, flairant l’occasion de redorer son blason de bon gestionnaire, largement terni par un paquet fiscal obscène et des déficits en explosion, Nicolas Sarkozy décida de dramatiser cette note. Il devenait indispensable de se soumettre au jugement de ces censeurs sans visage. Et c’est ainsi que les mesures d’austérité les plus diverses, d’une réforme des retraites supplémentaire à la taxation des boissons sucrées, ont trouvé leur justification : elles étaient le sang versé à cette nouvelle divinité.

Dès le premier acte, cette farce comporte un enseignement : Sarkozy, qui n’avait déjà pas grand chose de gaullien, avait choisi de prendre l’exact contrepied de de Gaulle, pour qui « la politique de la France ne se [faisait] pas à la corbeille. » Finie la souveraineté nationale, finie la démocratie (déjà passablement écornée par la pratique sarkozienne) : notre politique économique s’alignerait sur le bon vouloir de 3 auditeurs spécialisés dans la notation de notre dette. Sublime ironie du volontarisme de Sarkozy.

Acte 2 : trahison

Alors qu’il pensait avoir tout fait pour satisfaire aux demandes des agences, Nicolas Sarkozy a eu la désagréable surprise de constater que les divinités n’avaient pas encore étanché leur soif de sang. Pire, l’une d’entre elles décida de se venger, en lui infligeant la punition de la rétrogradation.

Cette sanction n’était pas une complète surprise : Nicolas Sarkozy avait déjà commencé à rétropédaler1 en décembre avec un discours façon « hahaha vous y avez cru à c’te bonne blague des agences de notation, non on rigolait (enfin sauf pour les mesures d’austérité), allez sans rancune », distillé scolairement à longueur d’éléments de langage par les stipendiaires de la sarkozie.

Mais les adversaires2 de Sarkozy n’avaient pas été sensibles à ce rétropédalage, pas plus que les Français d’ailleurs. Au contraire, une pluie de plomb fondu s’abattit sur le malheureux, en provenance de ces opposants insensibles à l’humour sarkozien. Leurs propos semblaient donner naissance à un nouveau proverbe : « Qui a vécu par les agences de notation périra par les agences de notation ».

Acte 3 : maintien sous perfusion

On pouvait espérer la situation clarifiée à l’issue de ce week-end, convaincus que nous étions que les trois censeurs pensaient la même chose. Mais ç’aurait été nous priver d’un troisième acte. Moody’s, une des agences concernées, annonça que pour le moment la note maximale était conservée, mais qu’elle serait revue dans 2 mois : bref, que sa décision n’était pas encore prise. De même pour Fitch, mais dont l’actionnariat la rend beaucoup moins crédible sur la notation de la France3.

Drame de plus ! Que penser ? Laquelle croire ? Le roi a tranché : tel Henry VIII, il choisit d’avoir sa propre religion, après avoir tant varié. Mais il ne trompe personne. Tout le monde voit bien que le roi n’a plus l’excuse des dieux pour son incurie, et qu’il est en réalité responsable non seulement de ce jeu d’arroseur arrosé, mais plus encore de tous ces sacrifices qui n’ont pas résolu les déséquilibres dont il est largement responsable. Et aujourd’hui, il n’y a guère plus que les fidèles d’entre les fidèles à espérer que Moody’s ne soit pas prise d’un accès de fureur qui la conduirait à nous dégrader elle aussi peu avant l’échéance d’avril.

Conclusion (provisoire)

Dans la farce qui se joue, et dont le dénouement se rapproche, Nicolas Sarkozy est un clown qui installe une corde, monte sur le tabouret pour passer sa tête dans le nœud et nous montrer qu’il n’a peur de rien. Derrière lui, les 3 Pierrots S&P, Moody’s et Fitch. Et soudain, S&P s’avance et donne un coup de pied dans le tabouret : Sarkozy tombe, il ne tient plus que sur la pointe des pieds et il a du mal à respirer. Et Moody’s, impassible, tient sa main sur la corde, soit pour la défaire, soit pour tirer dessus un bon coup. La farce a pris un tour sinistre, et il est manifeste que Moody’s tient maintenant l’avenir de Sarkozy entre ses mains.

C’est une leçon pour les hommes politiques : essayer de se réfugier derrière des autorités extérieures non démocratiques, voire étrangères, pour justifier ses propres choix politiques, c’est un jeu dangereux qui peut vous revenir brutalement en plein visage. Ca a marché, et ça continue de marcher, avec Bruxelles, bouc émissaire de nombreuses réformes. Mais avec des entreprises privées, non soumise au contrôle démocratique (car Bruxelles l’est, même insuffisamment), c’est tendre le cou de la France au bourreau en espérant qu’il ne passera pas à l’acte : c’est un crime contre notre souveraineté et notre démocratie.

  1. Tiens, voilà un terme que l’on trouve souvent appliqué à Hollande, mais rarement à Sarkozy []
  2. Et mêmes des journalistes aussi peu suspects d’anti-sarkozisme que ceux du Figaro []
  3. Son principal actionnaire est la holding Fimalac, dirigée par le français Marc Ladreit de Lacharrière, dont les sympathies à droite sont bien connues []

Big Arnaud is watching you

lundi 12 décembre 2011
"Big Brother is watching you" écrivait Orwell dans 1984.

"Big Brother is watching you" écrivait Orwell dans 1984.

Castanet a peur. Castanet vit dans la terreur. Les bandes sillonnent la ville, les commerces sont attaqués, les dealers oeuvrent au vu et au su de tous, les meurtres en plein jour se multiplient.

C’est l’impression que j’ai eue l’an dernier quand La Depêche nous informait du projet démesuré de 30 caméras de vidéosurveillance d’Arnaud Lafon. 30 caméras, excusez du peu ! Puis pendant 9 mois, plus rien. Et au dernier conseil municipal, le sujet est revenu. Et pas qu’un peu : une annonce de 20 caméras pour un coût de 700.000€.

Soyons clairs : contrairement à certains qui sont par principe hostiles à toute forme de vidéosurveillance, je ne suis pas totalement opposé à ce système. Mais encore faut-il qu’il soit mis en place intelligemment. Et c’est évidemment là que le bât blesse. Car c’est une grande caractéristique d’Arnaud Lafon que de parler sans cesse de pragmatisme là où il fait de la communication et de l’idéologie. Illustration avec les caméras de vidéosurveillance.

Caméras partout, efficacité nulle part

Arnaud Lafon voulait faire la comparaison avec Toulouse. Comparons : 24 caméras à Toulouse pour 440.000 habitants, alors que Castanet, qui compte 11.000 habitants, veut mettre 20 caméras. Il y a comme une différence de taille…

Comparons également la méthode : une journée entière d’auditions et de débats avec des experts pour Toulouse ; rien pour Castanet, hormis une interview dans La Dépêche.

C’est d’ailleurs cette journée qui a permis à Toulouse d’entendre des experts, lesquels ont indiqué dans quelles conditions la vidéosurveillance est utile : dans des lieux clos, pour les bâtiments publics, et pour les lieux de rassemblements (notamment festifs, pour prévenir l’ivresse sur la voie publique, et les bagarres). Ca tombe bien : certaines des caméras de Castanet seront installées aux entrées de ville, notamment sur le rond-point d’Intermarché, là où justement leur effet est nul. Quant à mentionner la Foire d’Oc comme exemple de rassemblement pour justifier des caméras, ça vire au grotesque : installer des caméras pour un évènement annuel, c’est franchement surdimensionné.

Les exemples bidons

Alors quand les arguments sur le pragmatisme sont battus en brêche, la majorité a recours aux arguments les plus délirants :

  • Exemple 1 : on aurait ainsi pu éviter l’incendie du vestiaire du foot : grosse blague, il aurait suffi aux délinquants de mettre une cagoule pour perpétrer leur méfait.
  • Exemple 2 : on a pu trouver des voleurs de bijoux car ils avaient pris le bus. Justement, les caméras existent dans les bus, qui sont des lieux clos, et en rajouter dans la rue ne permettra pas de mieux identifier les voyageurs des bus ; on pourra aussi noter que le propriétaire de la bijouterie pourrait se munir de caméras (mais bon, c’est facile de mettre une cagoule).
  • Exemple 3 : on a pu identifier l’incendiaire de l’immeuble qui a coûté la vie d’une jeune étudiante castanéenne. Raté, la caméra était une caméra privée, située à l’intérieur de l’immeuble, et pas une caméra publique. Comparons ce qui est comparable…

Le grand n’importe quoi

Quand les exemples absurdes ont été épuisés, il est temps de sortir l’artillerie du grand n’importe quoi.

Arnaud Lafon tout d’abord, qui affirme que les seules libertés individuelles mises à mal par ces caméras sont celles des délinquants. Il se trouve que notre droit considère que les délinquants sont des personnes comme les autres, qu’il faut certes sanctionner, et qu’ils ont eux aussi des libertés individuelles. Dans le cas de la vidéosurveillance par exemple, la Cour Européenne des Droits de l’Homme a jugé, dans l’arrêt Perry contre Royaume-Uni, que l’utilisation de la vidéosurveillance avait violé les libertés d’un prévenu.

Camélia Assadi ensuite. Il nous avait échappé qu’en plus d’être une éminente spécialiste de la laïcité, Camélia Assadi était également une experte en vidéosurveillance. Car elle a asséné l’argument massue : il n’y a aucune donnée concrète sur l’efficacité de la vidéosurveillance. Et elle a utilisé cet argument en défense de ce dispositif. Un élémentaire principe de bonne gestion des finances publiques voudrait que l’on n’utilise pas des dispositifs qui existent depuis plusieurs années mais pour lesquels on n’a pas d’information sur leur efficacité. Ce principe n’a pas les faveurs de la municipalité. Mais le meilleur, c’est que Mme Assadi se trompe : c’est Alain Bauer, le président de la commission nationale de la vidéosurveillance et expert omniprésent de la sécurité, qui a lui-même indiqué dans quels cas ces dispositifs étaient efficaces. Il faut le citer, comme le fait OWNI :

Bruno Duvic : Alain Bauer, est-ce qu’on a précisément mesuré quand les caméras de vidéosurveillance étaient efficaces et quand elles l’étaient moins ?

Alain Bauer : Oui oui, on a de très nombreuses études sur la vidéoprotection, essentiellement anglo-saxonnes, qui montrent que dans les espaces fermés et clairement identifiés c’est très efficace, mais que plus c’est ouvert et moins on sait à quoi servent les caméras, moins c’est efficace, pour une raison simple, c’est qu’elles descendent rarement des poteaux avec leurs petits bras musclés pour arrêter les voleurs : la caméra c’est un outil, pas une solution en tant que telle…

C’est bien imagé, mais tout le monde aura compris. Quel dommage que Camélia Assadi ne soit pas allée écouter Alain Bauer avant de raconter n’importe quoi en conseil municipal.

Au final, encore une grande opération de communication, qui ne donnera qu’un résultat très limité pour un coût très élevé. Mais il faut bien trouver un emploi pour nos augmentations d’impôts. Vivement 2014 !

Faire sa com’ politique sur le dos des enfants : la méthode Lafon

jeudi 6 octobre 2011

"Touche pas à mon porc" : le slogan révélateur des soutiens d'Arnaud Lafon

Ainsi donc, le conseil municipal a voté, jeudi 29 septembre, la fin des repas différenciés dans les cantines scolaires de Castanet.

Depuis plus de 15 ans, ce système était en place sans que personne n’en demande la fin. Il permettait aux enfants d’avoir des repas sans porc et des repas sans viande. Arnaud Lafon, maire depuis 2001 (10 ans déjà), n’y avait jamais rien vu à redire.

Mais les élections législatives approchent. L’UMP 31 n’a encore investi personne dans la future 10ème circonscription. Alors Arnaud Lafon a dû vouloir donner des gages de sa compatibilité avec la frange la plus à droite de l’UMP, la fameuse Droite populaire.

Pourtant, il avait déjà montré aux dernières cantonales qu’il voulait bien du soutien de l’UMP. Mais cette fois-ci il a décidé de passer à la vitesse supérieure, peut-être pour être investi UMP et non « sans étiquette ». Et pour cela il faut frapper fort, et frapper en-dessous de la ceinture.

Pour cela, rien de tel que la stigmatisation des musulmans. Solution toute trouvée : mettre fin aux repas différenciés. Mieux encore : garder le système existant en juin, avec la signature des contrats CVQ tout au long de l’été, puis avertir les familles le jour de la rentrée, par un mot dans le cartable des enfants, de la décision de mettre fin à ces repas. Pas de discussion, pas d’explication. Et ajouter l’insulte en se drapant dans la laïcité.

La ficelle est franchement grosse. Mais elle a permis de faire sortir au jour les identitaires qui ont manifesté devant la mairie (voir photo ci-dessus) et ont assisté au conseil municipal (voir photo ci-dessous).

Un jeune homme avec un tee-shirt "Bloc identitaire" en conseil municipal

Oh bien sûr, Arnaud Lafon se défend de toute visée électoraliste, et de faire des appels du pied aux identitaires. Enfin quand on lance un pétard dans les égouts, il ne faut pas s’étonner d’en voir sortir les rats.

Alors il a quand même fallu une délibération du conseil municipal pour officialiser l’oukase. Et l’opposition a demandé des explications sur les raisons de ce choix, et les raisons de cette soudaineté et de cette brutalité. Pour les réponses, nous avons été servis :

  1. Arnaud Lafon a répondu en listant tout ce qu’il avait fait pour les écoles et leurs enfants depuis 2001 : aucun rapport avec le sujet, ça permet d’occuper du temps de parole et de jouer au « M’enfin vous pouvez rien me reprocher après tout ce que j’ai fait ! ».
  2. Béatrix de Veyrinas a répondu pour dire qu’elle ne répondrait pas.
  3. Franck Kritchmar a apporté son témoignage personnel1, indiquant ses origines, et qu’il avait mangé du porc à la cantine dans son enfance et qu’il n’en était pas mort. Franck Kritchmar est resté bloqué à la France des années 70 (au mieux). Il n’est pas au courant que les écoles ne fonctionnent plus de la même façon.
  4. Le pompon : Camélia Assadi. D’origine iranienne, elle était donc tout à fait qualifiée pour donner son avis… et parler d’elle-même. Une citation de Jaurès dénichée sur Internet au passage (on peut tout faire dire à Jaurès en en extrayant une phrase). Mais la perle a été son point Godwin : « Vous voulez savoir ce que ça donne quand on laisse entrer la religion dans l’école ? Allez voir ce qui se passe en Iran ! » Eh oui, nous n’avions pas compris que les parents, présents dans la salle, étaient des ayatollahs venus nous imposer leur loi ! Pourtant, je n’ai pas vu de voile intégral ce soir-là. Juste un foulard sur une femme. Bref, Camélia Assadi représente le degré zéro du débat politique.

Au final, personne n’a eu de réponse sur la vraie question : pourquoi maintenant, pourquoi sans consultation ni information préalable ? C’est bien la preuve qu’il s’agit d’une honteuse opération politique dans laquelle Arnaud Lafon fait sa communication politique sur le dos de 90 enfants de Castanet. Il peut être fier de ses nouveaux amis très « France aux français »2 Plus que jamais, vivement 2014 !

  1. C’est important cette dimension personnelle : chacun est un expert à partir de son cas particulier []
  2. Je ne mets pas de lien vers les blogs concernés, vous les trouverez par vous-mêmes : je refuse de leur faire la moindre pub. []

Les Molex, ces chênes abattus

mardi 1 février 2011
Image extraite du documentaire "Les Molex, des gens debout" (Arte)

Image extraite du documentaire "Les Molex, des gens debout" (Arte)

J’avais raté la diffusion initiale du documentaire qu’Arte a consacré aux Molex. Mais grâce à leur merveilleux site Arte+7, j’ai pu le visionner ce soir.

Le documentaire est poignant. Mais ses auteurs n’ont rien à voir là-dedans. Ce sont les Molex qui font tout. Déjà cette dénomination qui en fait un collectif : les Molex, tout comme les Conti pour Continental. Et ensuite leurs réactions, leur dignité, leur sincérité, leur foi dans la justice.

Et cette justice, il faut en parler. Malheureusement, le documentaire ne l’a pas fait. Pas assez en tout cas. On en ressort en sachant seulement que Molex a violé une décision de justice en refusant de laisser les salariés revenir sur le site, et qu’ils n’ont pas versé les salaires pendant plusieurs mois alors que les salariés avaient repris le travail. Il manque tout le reste : qu’aurait dû faire le gouvernement pour faire exécuter la décision de justice ? Dans quelle mesure les Molex auraient-ils pu agir contre le non versement de leurs salaires ? Pourquoi Christian Estrosi ne s’est-il pas démené auprès de ses collègues du gouvernement pour faire appliquer le droit ? De tout cela le spectateur ne saura rien.

Et voilà le drame de ce documentaire : c’est que les journalistes n’ont pas fait leur travail. Ils se sont contentés d’être présents et de tendre leur micro aux Molex. Pire encore, on en retire le sentiment que les Molex ont été laissés seuls. Il faut rappeler que des hommes politiques se sont déplacés jusqu’à eux : on était dans le contexte des élections européennes, la gauche ne pouvait faire moins (elle n’a pas fait beaucoup plus : que pouvait-elle faire d’ailleurs ?).

Ce documentaire est un exemple de « maljournalisme » pour reprendre l’expression de Jean-Pierre Tailleur : il ne contextualise pas les faits, il ne questionne pas les acteurs (les questions posées à Estrosi sont remarquablement creuses et ne le mettent pas en difficulté), il ne montre pas les erreurs des Molex, il ne pointe pas les responsabilités.

Les seuls vrais journalistes sont les héros de ce documentaire : les Molex. Ils n’ont pas la formation, mais ils nous ont au moins pointé du doigt ce qui était mal dans l’attitude de Molex, suscitant ainsi notre indignation. Malheureusement, toute l’indignation du monde ne suffit pas face à des voyous qui violent le droit avec la complicité d’un gouvernement passif.

Gestation pour autrui : la régression

mercredi 1 décembre 2010

Mères porteuses en Inde - Photo Le Monde2 du 19 juin 2009 (S. Clair)

Vendredi 26 novembre, la fédération organisait une réunion autour du thème « Homosexualité et égalité réelle », avec un débat autour des propositions de HES (Homosexualité et Socialisme). Il y en a une qui m’a particulièrement interpellé : la légalisation de la gestation pour autrui (GPA).

Le principe de la GPA est le suivant : une femme porte un enfant pour un autre couple, et cet enfant n’est génétiquement pas le sien. Cette pratique existe dans plusieurs pays, notamment les Etats-Unis, l’Inde, le Royaume-Uni, la Grèce.

En ce moment, le débat fait rage au sein de la gauche, et particulièrement du PS, entre défenseurs et adversaires de cette pratique. Ce sont les défenseurs d’une légalisation de la GPA qui ont dégainé les premiers en février dernier, avec ce rapport de Terra Nova qui appelait à une légalisation partielle de la GPA, avec essentiellement des arguments indiquant que rien ne s’y oppose médicalement, et qu’il faut respecter la liberté individuelle d’une femme d’aider sa semblable. La réponse a un peu tardé, mais elle a fini par arriver, toujours chez Terra Nova. C’est du lourd : René Frydman, le père du premier bébé éprouvette français, Gisèle Halimi, Benoit Hamon, Lionel Jospin et Michel Rocard ont entre autres signé et contribué au rapport. Le moins que l’on puisse dire est que l’argumentation n’y va pas par 4 chemins.

Je partage largement le contenu de ce second rapport. Deux arguments me semblent importants.

Le retour de l’aliénation

Le plus important, et celui contre lequel je ne vois pas de contre-argument, est celui de l’aliénation de la mère porteuse. Cette femme qui portera l’enfant d’une autre ne disposera pas pleinement de son corps pendant la grossesse. Pire encore, elle vend son corps. On pourrait répondre que l’on rendra le travail des mères porteuses gratuit, pour qu’elles ne marchandent pas leur corps. Le Comité consultatif national d’éthique a fait litière de cet argument dans son passionnant avis n° 110 du 6 mai 2010, dont la lecture est plus que conseillée. Pour résumer, on constate dans tous les pays, y compris ceux qui instaurent la gratuité, que ce sont des couples aisés (des couples bourgeois) qui ont recours à une mère porteuse d’un milieu social plus modeste. Et la gratuité est facilement contournée par des « cadeaux » : il est évident que les parents connaissent la mère porteuse, et qu’ils vont tout faire pour que celle-ci suive leurs prescriptions pour avoir un enfant conforme à leurs désirs. La gratuité est donc une pure fiction.

Quant au libre arbitre, il faut rappeler que la loi doit parfois obliger certains comportements, en violation apparente dudit libre arbitre. Par exemple, un ouvrier qui a un accident de travail sur un chantier, pourra librement déclarer cet accident comme étant survenu chez lui. Souvent, il ne verra pas le mal qu’il y a à le faire ! Mais le droit du travail (bien mal appliqué avec la diminution du nombre d’inspecteurs) a pour objet de protéger l’ouvrier de l’aliénation qu’il ne voit pas. Le libre arbitre ne peut s’exercer qu’en ayant toute l’information nécessaire, et l’ouvrier n’a pas toujours toute l’information. Il en sera de même pour la mère porteuse, qui pourrait bien s’aliéner volontairement.

Le primat de la génétique

Le deuxième argument important est que la légalisation de la GPA va dévaloriser l’adoption comme mode de filiation. Aujourd’hui, l’adoption est un mode de filiation aussi légitime, légalement mais aussi aux yeux de la société, que la reproduction biologique normale. Demain, la légalisation de la GPA signifiera que les enfants adoptés seront ceux dont les parents n’auront pas pu avoir recours à la GPA. Cette pratique aboutira à considérer que la filiation est avant tout génétique : un enfant adopté sera un enfant de pauvres, adopté par des pauvres. On créera une filiation à deux niveaux. Au temps pour l’intérêt de l’enfant adopté !

L’insupportable argument de l’existence de la GPA à l’étranger

Quand j’ai abordé le sujet, vendredi soir en fin de réunion (après 30 minutes de Sexion d’Assaut), j’ai eu parmi les arguments des défenseurs (à 2 reprises) l’odieux argument de l’existence de cette GPA à l’étranger : ces couples qui vont à l’étranger pour obtenir ce qu’ils ne peuvent pas obtenir en France.

C’est l’argument ultralibéral par excellence, l’argument du nivellement par le bas. C’est le procédé réactionnaire classique qui légitime la baisse sans fin des impôts, le démantèlement des filets de protection sociale au nom de la concurrence internationale. Poussé à son extrême, c’est le tourisme sexuel de notre ministre de la culture.

Non, si la GPA doit être interdite ou autorisée, c’est pour des arguments qui tiennent à la GPA elle-même, et surtout pas parce que les autres le font ! Je ne me suis jamais teint les cheveux ni fait de piercing, et pourtant j’en ai vu autour de moi !

Qui plus est, la France a les moyens d’empêcher ce tourisme de la GPA : il suffit de ne pas délivrer de visa pour l’enfant qui doit être ramené en France (et de le faire savoir bruyamment). Mon ami m’a dit que cela avait été le cas récemment pour un couple d’hommes parti en Inde recourir à une mère porteuse.

Quelles valeurs ?

En tant que socialiste, le débat sur la GPA m’inquiète. Ce sont les valeurs fondamentales du socialisme qui doivent se battre contre le libéralisme de mœurs le plus absolu, lequel a donné l’individualisme forcené contemporain. Le dernier avatar de cet ennemi n’est-il pas cette victimologie permanente savamment entretenue par Nicolas Sarkozy ? A ces régressions, nous devons continuer d’opposer les valeurs socialistes qui ont gardé toute leur pertinence, et particulièrement notre volonté de faire disparaître toute forme d’aliénation.

Les origines : en parler ou pas ?

mercredi 13 octobre 2010

Hugues Lagrange ou le recueillement

Je n’avais encore jamais regardé « Ce soir ou jamais« , l’émission culturelle de Frédéric Taddei. Honte sur moi.

Sur des conseils amicaux, j’ai regardé l’émission du 29 septembre qui avait comme invité principal Hugues Lagrange. Ce sociologue a fait sensation en publiant mi-septembre un livre intitulé « Le déni des cultures », dans lequel il analyse les situations de pauvreté dans nos quartiers en prenant en compte l’origine ethnique des populations concernées. Evidemment, à la suite des discours honteux sur les Roms et le lien entre immigration et délinquance, ce livre ne pouvait que provoquer une bronca parmi les chercheurs et parmi les politiques.

Face à lui, Eric Fassin, sociologue, Fatou Diome, romancière, et Jean-Loup Amselle, anthropologue. Et à ses côtés, Malika Sorel, membre du Haut Conseil à l’Intégration, et l’impayable Eric Raoult, député UMP. Quand on voit ses « alliés », on se dit qu’il a eu bien du mérite, Hugues Lagrange. Parce qu’Eric Raoult comme allié, ça vous plombe une crédibilité. Et Malika Sorel a tenu un discours bien droit dans ses bottes, avec une tonalité très « Je ne veux voir qu’une seule tête » : elle ne pense pas intégration, elle pense dissolution.

Heureusement pour lui, il a été aidé par Fatou Diome, qui a bien su recadrer le débat sur le champ de l’affectif. C’est vrai que c’est avec des grands mots, des bons sentiments et de la barbe à papa que l’on va résoudre la question de la pauvreté des banlieues (bon sang, pourquoi n’y a-t-on pas pensé plus tôt ?). Quand à Jean-Loup Amselle, je ne le mentionnerai pas : il n’a rien dit qui vaille la peine d’être relevé.

En réalité, le débat était entre Eric Fassin et Hugues Lagrange. La question sous-jacente était celle des statistiques ethniques. Elle n’a pas été abordée en tant que telle, mais Eric Fassin l’a rappelée. Et sa position est claire : non à ces statistiques, non aux études qui mettent en cause l’origine de leurs sujets.

Mais Hugues Lagrange ne met pas en cause l’origine des sujets. Il s’en sert comme facteur permettant de segmenter une population, afin d’identifier des ensembles sur lesquels appliquer des politiques différentes. Et c’est là que sa démarche est intéressante. Eric Fassin a beau jeu de signaler qu’expliquer les différences culturelles par la culture est une tautologie, il n’en demeure pas moins que ce qui intéresse les hommes politiques est d’avoir des études leur permettant de mettre en oeuvre des solutions. C’est pour cela que le travail d’Hugues Lagrange est précieux : si l’on sait que des populations d’une origine particulière ont particulièrement besoin d’être aidées, notamment en élevant leur niveau d’éducation, alors il devient possible de mettre en oeuvre des politiques différenciées, adaptées à chaque population, sans pour autant en arriver à du cas par cas (qui coûte plus cher).

Mais Eric Fassin a raison de rappeler l’importance d’aller au-delà des différences culturelles, pour trouver les raisons profondes de ces différences. Simplement, ce n’est pas l’objet du livre d’Hugues Lagrange. Il s’est arrêté au niveau des cultures, parce que cela lui permet de fournir une explication suffisante.

Il est dommage que les deux sociologues se soient autant affrontés, alors que leurs positions ne sont pas antinomiques. Mais la question des statistiques ethniques et de toute la recherche qui s’en rapproche est une question éminemment affective. Et le plus significatif était le pathos dans lequel Fatou Diome a versé, en travestissant totalement le propos d’Hugues Lagrange et en l’accusant, à mots à peine voilés, de racisme. Mais tout écrivain qu’elle soit, elle ignore qu’on ne fait ni de bonne politique ni de bonne recherche avec de bons sentiments.

Le machisme ordinaire vu par Arte

jeudi 30 septembre 2010

La Cité du Mâle (source : Arte)

Je n’avais pas envie de regarder « La cité du mâle« , ce reportage qui a fait couler beaucoup d’encre depuis un mois. Déjà parce qu’un énième reportage sur les machos de banlieue ne me tentait pas. Et puis surtout parce que j’ai entendu Daniel Leconte sur France Info mercredi matin : il était agressif, insupportable, alors que Danièle Ohayon essayait juste de pointer les insuffisances du documentaire.

Et puis j’étais devant le poste, et ce fut le programme de la soirée. Eh bien ce n’était pas aussi mauvais que Danièle Ohayon me l’avait fait craindre (entre autres parce qu’ils ont fait des changements par rapport à ce que D. Ohayon a visionné). Mais c’était quand même très décevant. J’avais l’impression de regarder un reportage du 13h de TF1, mais en version longue.

Une poignée de mecs du quartier où Sohane a été brûlée vive laissent libre cours à leur machisme. Quelques filles moins nombreuses montrent qu’elles ont intériorisé cette domination masculine. C’est bien, mais c’est du niveau du fait divers. En une heure de reportage, on avait largement le temps de faire intervenir des chercheurs, des sociologues ou d’autres spécialistes qui nous auraient contextualisé ce machisme et nous auraient fourni des pistes d’explication. Alors que le reportage lui-même n’aide pas : le jeune adulte de 18 ans élevé par sa mère seule est plus machiste que le gars élevé par sa mère et son père polygame. On voterait presque pour la polygamie à ce compte… Même la représentante de Ni Putes Ni Soumises n’aide pas : elle est vice-présidente de l’association car elle a été brûlée vive, et malheureusement elle n’a rien de réfléchi à dire sur le sujet.

Bref, on finit de voir ce reportage en ne sachant pas d’où vient cette situation. Elle existe, mais on ne sait même pas dire si elle est très répandue ou pas : cinq écervelés ne font pas un quartier.

Si même Arte se met à faire du Jean-Pierre Pernaut, je ne suis pas près de me remettre à regarder la télévision…