Sarkozy et le triple A : comment choisir son bourreau

18 janvier 2012
Nicolas Sarkozy, pénitent blanc

Nicolas Sarkozy, pénitent blanc

Le psychodrame qui s’est noué ce week-end autour de la dégradation de la France par Standard & Poors restera dans les annales. Il sera étudié par tous les communicants politiques comme un cas d’école de choix de communication catastrophique.

Acte 1 : soumission

Avant que Nicolas Sarkozy ne dramatise la perte de ce précieux sésame, la France entière, à l’exception de quelques « spécialistes », se moquait éperdument de cette note. Le fétichisme français pour la notation n’avait pas poussé les français jusqu’à s’intéresser aux oracles des triplés de la notation.

Mais l’été dernier, flairant l’occasion de redorer son blason de bon gestionnaire, largement terni par un paquet fiscal obscène et des déficits en explosion, Nicolas Sarkozy décida de dramatiser cette note. Il devenait indispensable de se soumettre au jugement de ces censeurs sans visage. Et c’est ainsi que les mesures d’austérité les plus diverses, d’une réforme des retraites supplémentaire à la taxation des boissons sucrées, ont trouvé leur justification : elles étaient le sang versé à cette nouvelle divinité.

Dès le premier acte, cette farce comporte un enseignement : Sarkozy, qui n’avait déjà pas grand chose de gaullien, avait choisi de prendre l’exact contrepied de de Gaulle, pour qui « la politique de la France ne se [faisait] pas à la corbeille. » Finie la souveraineté nationale, finie la démocratie (déjà passablement écornée par la pratique sarkozienne) : notre politique économique s’alignerait sur le bon vouloir de 3 auditeurs spécialisés dans la notation de notre dette. Sublime ironie du volontarisme de Sarkozy.

Acte 2 : trahison

Alors qu’il pensait avoir tout fait pour satisfaire aux demandes des agences, Nicolas Sarkozy a eu la désagréable surprise de constater que les divinités n’avaient pas encore étanché leur soif de sang. Pire, l’une d’entre elles décida de se venger, en lui infligeant la punition de la rétrogradation.

Cette sanction n’était pas une complète surprise : Nicolas Sarkozy avait déjà commencé à rétropédaler1 en décembre avec un discours façon « hahaha vous y avez cru à c’te bonne blague des agences de notation, non on rigolait (enfin sauf pour les mesures d’austérité), allez sans rancune », distillé scolairement à longueur d’éléments de langage par les stipendiaires de la sarkozie.

Mais les adversaires2 de Sarkozy n’avaient pas été sensibles à ce rétropédalage, pas plus que les Français d’ailleurs. Au contraire, une pluie de plomb fondu s’abattit sur le malheureux, en provenance de ces opposants insensibles à l’humour sarkozien. Leurs propos semblaient donner naissance à un nouveau proverbe : « Qui a vécu par les agences de notation périra par les agences de notation ».

Acte 3 : maintien sous perfusion

On pouvait espérer la situation clarifiée à l’issue de ce week-end, convaincus que nous étions que les trois censeurs pensaient la même chose. Mais ç’aurait été nous priver d’un troisième acte. Moody’s, une des agences concernées, annonça que pour le moment la note maximale était conservée, mais qu’elle serait revue dans 2 mois : bref, que sa décision n’était pas encore prise. De même pour Fitch, mais dont l’actionnariat la rend beaucoup moins crédible sur la notation de la France3.

Drame de plus ! Que penser ? Laquelle croire ? Le roi a tranché : tel Henry VIII, il choisit d’avoir sa propre religion, après avoir tant varié. Mais il ne trompe personne. Tout le monde voit bien que le roi n’a plus l’excuse des dieux pour son incurie, et qu’il est en réalité responsable non seulement de ce jeu d’arroseur arrosé, mais plus encore de tous ces sacrifices qui n’ont pas résolu les déséquilibres dont il est largement responsable. Et aujourd’hui, il n’y a guère plus que les fidèles d’entre les fidèles à espérer que Moody’s ne soit pas prise d’un accès de fureur qui la conduirait à nous dégrader elle aussi peu avant l’échéance d’avril.

Conclusion (provisoire)

Dans la farce qui se joue, et dont le dénouement se rapproche, Nicolas Sarkozy est un clown qui installe une corde, monte sur le tabouret pour passer sa tête dans le nœud et nous montrer qu’il n’a peur de rien. Derrière lui, les 3 Pierrots S&P, Moody’s et Fitch. Et soudain, S&P s’avance et donne un coup de pied dans le tabouret : Sarkozy tombe, il ne tient plus que sur la pointe des pieds et il a du mal à respirer. Et Moody’s, impassible, tient sa main sur la corde, soit pour la défaire, soit pour tirer dessus un bon coup. La farce a pris un tour sinistre, et il est manifeste que Moody’s tient maintenant l’avenir de Sarkozy entre ses mains.

C’est une leçon pour les hommes politiques : essayer de se réfugier derrière des autorités extérieures non démocratiques, voire étrangères, pour justifier ses propres choix politiques, c’est un jeu dangereux qui peut vous revenir brutalement en plein visage. Ca a marché, et ça continue de marcher, avec Bruxelles, bouc émissaire de nombreuses réformes. Mais avec des entreprises privées, non soumise au contrôle démocratique (car Bruxelles l’est, même insuffisamment), c’est tendre le cou de la France au bourreau en espérant qu’il ne passera pas à l’acte : c’est un crime contre notre souveraineté et notre démocratie.

  1. Tiens, voilà un terme que l’on trouve souvent appliqué à Hollande, mais rarement à Sarkozy []
  2. Et mêmes des journalistes aussi peu suspects d’anti-sarkozisme que ceux du Figaro []
  3. Son principal actionnaire est la holding Fimalac, dirigée par le français Marc Ladreit de Lacharrière, dont les sympathies à droite sont bien connues []

Big Arnaud is watching you

12 décembre 2011
"Big Brother is watching you" écrivait Orwell dans 1984.

"Big Brother is watching you" écrivait Orwell dans 1984.

Castanet a peur. Castanet vit dans la terreur. Les bandes sillonnent la ville, les commerces sont attaqués, les dealers oeuvrent au vu et au su de tous, les meurtres en plein jour se multiplient.

C’est l’impression que j’ai eue l’an dernier quand La Depêche nous informait du projet démesuré de 30 caméras de vidéosurveillance d’Arnaud Lafon. 30 caméras, excusez du peu ! Puis pendant 9 mois, plus rien. Et au dernier conseil municipal, le sujet est revenu. Et pas qu’un peu : une annonce de 20 caméras pour un coût de 700.000€.

Soyons clairs : contrairement à certains qui sont par principe hostiles à toute forme de vidéosurveillance, je ne suis pas totalement opposé à ce système. Mais encore faut-il qu’il soit mis en place intelligemment. Et c’est évidemment là que le bât blesse. Car c’est une grande caractéristique d’Arnaud Lafon que de parler sans cesse de pragmatisme là où il fait de la communication et de l’idéologie. Illustration avec les caméras de vidéosurveillance.

Caméras partout, efficacité nulle part

Arnaud Lafon voulait faire la comparaison avec Toulouse. Comparons : 24 caméras à Toulouse pour 440.000 habitants, alors que Castanet, qui compte 11.000 habitants, veut mettre 20 caméras. Il y a comme une différence de taille…

Comparons également la méthode : une journée entière d’auditions et de débats avec des experts pour Toulouse ; rien pour Castanet, hormis une interview dans La Dépêche.

C’est d’ailleurs cette journée qui a permis à Toulouse d’entendre des experts, lesquels ont indiqué dans quelles conditions la vidéosurveillance est utile : dans des lieux clos, pour les bâtiments publics, et pour les lieux de rassemblements (notamment festifs, pour prévenir l’ivresse sur la voie publique, et les bagarres). Ca tombe bien : certaines des caméras de Castanet seront installées aux entrées de ville, notamment sur le rond-point d’Intermarché, là où justement leur effet est nul. Quant à mentionner la Foire d’Oc comme exemple de rassemblement pour justifier des caméras, ça vire au grotesque : installer des caméras pour un évènement annuel, c’est franchement surdimensionné.

Les exemples bidons

Alors quand les arguments sur le pragmatisme sont battus en brêche, la majorité a recours aux arguments les plus délirants :

  • Exemple 1 : on aurait ainsi pu éviter l’incendie du vestiaire du foot : grosse blague, il aurait suffi aux délinquants de mettre une cagoule pour perpétrer leur méfait.
  • Exemple 2 : on a pu trouver des voleurs de bijoux car ils avaient pris le bus. Justement, les caméras existent dans les bus, qui sont des lieux clos, et en rajouter dans la rue ne permettra pas de mieux identifier les voyageurs des bus ; on pourra aussi noter que le propriétaire de la bijouterie pourrait se munir de caméras (mais bon, c’est facile de mettre une cagoule).
  • Exemple 3 : on a pu identifier l’incendiaire de l’immeuble qui a coûté la vie d’une jeune étudiante castanéenne. Raté, la caméra était une caméra privée, située à l’intérieur de l’immeuble, et pas une caméra publique. Comparons ce qui est comparable…

Le grand n’importe quoi

Quand les exemples absurdes ont été épuisés, il est temps de sortir l’artillerie du grand n’importe quoi.

Arnaud Lafon tout d’abord, qui affirme que les seules libertés individuelles mises à mal par ces caméras sont celles des délinquants. Il se trouve que notre droit considère que les délinquants sont des personnes comme les autres, qu’il faut certes sanctionner, et qu’ils ont eux aussi des libertés individuelles. Dans le cas de la vidéosurveillance par exemple, la Cour Européenne des Droits de l’Homme a jugé, dans l’arrêt Perry contre Royaume-Uni, que l’utilisation de la vidéosurveillance avait violé les libertés d’un prévenu.

Camélia Assadi ensuite. Il nous avait échappé qu’en plus d’être une éminente spécialiste de la laïcité, Camélia Assadi était également une experte en vidéosurveillance. Car elle a asséné l’argument massue : il n’y a aucune donnée concrète sur l’efficacité de la vidéosurveillance. Et elle a utilisé cet argument en défense de ce dispositif. Un élémentaire principe de bonne gestion des finances publiques voudrait que l’on n’utilise pas des dispositifs qui existent depuis plusieurs années mais pour lesquels on n’a pas d’information sur leur efficacité. Ce principe n’a pas les faveurs de la municipalité. Mais le meilleur, c’est que Mme Assadi se trompe : c’est Alain Bauer, le président de la commission nationale de la vidéosurveillance et expert omniprésent de la sécurité, qui a lui-même indiqué dans quels cas ces dispositifs étaient efficaces. Il faut le citer, comme le fait OWNI :

Bruno Duvic : Alain Bauer, est-ce qu’on a précisément mesuré quand les caméras de vidéosurveillance étaient efficaces et quand elles l’étaient moins ?

Alain Bauer : Oui oui, on a de très nombreuses études sur la vidéoprotection, essentiellement anglo-saxonnes, qui montrent que dans les espaces fermés et clairement identifiés c’est très efficace, mais que plus c’est ouvert et moins on sait à quoi servent les caméras, moins c’est efficace, pour une raison simple, c’est qu’elles descendent rarement des poteaux avec leurs petits bras musclés pour arrêter les voleurs : la caméra c’est un outil, pas une solution en tant que telle…

C’est bien imagé, mais tout le monde aura compris. Quel dommage que Camélia Assadi ne soit pas allée écouter Alain Bauer avant de raconter n’importe quoi en conseil municipal.

Au final, encore une grande opération de communication, qui ne donnera qu’un résultat très limité pour un coût très élevé. Mais il faut bien trouver un emploi pour nos augmentations d’impôts. Vivement 2014 !

François Hollande, candidat du PS aux présidentielles de 2012

17 octobre 2011

François Hollande le 13 octobre 2011 (Sébastien Calvet / Libération)

Alors ça y est. Après des mois de débats, de suspens, de chausses-trappes, de petites phrases de part et d’autre, le peuple de gauche a choisi le candidat socialiste aux présidentielles de 2012 : François Hollande.

Une victoire nette et large : près de 57% en fin de soirée ce 16 octobre. Ce résultat donne une ample légitimité à François Hollande pour cette élection à venir. La droite va peiner à trouver un angle d’attaque, et toutes ses conférences pour démolir le projet socialiste ne suffiront pas à faire refluer la vague du changement à gauche impulsée par ces primaires.

Même si la fin de campagne a été émaillée de formules inutilement agressives, il faut saluer le discours impeccable de Martine Aubry : dignité, rassemblement, soutien franc et entier au candidat victorieux, Martine Aubry a fait un remarquable discours pour reconnaître le résultat de ces primaires. Jugez plutôt :

http://www.dailymotion.com/video/xlqbg4

Cette victoire de François Hollande vient de loin : près de 3 ans de préparation entre son départ de la tête du PS et sa victoire aujourd’hui. Et cet homme, que l’on disait fini au lendemain du congrès de Reims, a su montrer sa détermination à devenir notre candidat. Pour l’avoir rejoint en mars, alors que la bulle DSK continuait de faire la une des médias, j’ai pu mesurer combien peu nombreux étaient alors ceux qui pariaient sur sa victoire. Il faut savoir gré à ces femmes et ces hommes qui ont continué de le soutenir dans sa traversée du désert, convaincus de sa force et de son talent, et qui lui ont permis d’en arriver à être notre candidat aujourd’hui.

Terminons ces rapides pensées avec l’intervention de François Hollande de ce soir : inlassablement, rappeler ses engagements et ses priorités, avoir une ligne et n’en pas dévier. Là réside la clé de sa victoire.

http://www.dailymotion.com/video/xlqc70

François ou Martine : l’heure du choix

14 octobre 2011

Le premier tour de la primaire citoyenne a confirmé les sondages sur un point : les 2 candidats arrivés en tête. Il nous reste donc à les départager pour décider de celui (ou celle) qui sera notre candidat(e)1. à la présidence de la République.

La seule question qui vaille aujourd’hui est de savoir qui peut le mieux gagner. Le premier tour a permis de départager sur les idées (ou plutôt les divergences d’interprétation du projet), le second doit désigner un candidat.

Pour gagner, notre candidat devra donc passer le premier tour, et rassembler au second tour pour être en tête.

Le premier tour

Passer le premier tour nécessite d’avoir une capacité à rassembler sur son nom propre. Sur ce critère, c’est indubitablement François Hollande qui gagne : il est arrivé très largement en tête, avec près de 40% au premier tour, dans une élection où 6 candidats se présentaient, et en obtenant un écart de près de 9 points avec la deuxième. Ceux qui connaissent un peu le PS ne seront pas surpris : François Hollande ne s’est pas maintenu 11 ans à la tête du PS uniquement par des alliances et des synthèses : il y avait à la base une large adhésion à sa personne.

Mais il faut également prendre en compte le profil des électeurs du premier tour. En effet, des électeurs Front de Gauche et EELV sont venus voter. Il semble que nombre d’entre eux aient voté Montebourg ou Aubry. Cela pose un problème : ces électeurs-là ne voteront pas PS au premier tour. Ils viennent choisir un candidat du second tour. Ils ne réalisent pas qu’ils font courir le risque d’un nouveau 21 avril où le candidat socialiste ne serait pas au second tour, faute d’avoir recueilli suffisamment de voix au premier. Autant dire que leur vote en faveur de Martine Aubry (tel Denis Baupin, qui annonce qu’il votera Aubry au second tour de la primaire mais votera Joly au premier tour des présidentielles) peut amener en tête une candidate qui serait battue dès le premier tour.

Enfin, la question de la motivation est centrale : c’est ce qui donne l’image d’un futur président, la stature. Là encore, Martine Aubry n’est pas crédible : candidate de remplacement de DSK, comme ce dernier l’a reconnu, elle est parti tard et n’a pas montré depuis suffisamment longtemps une volonté de devenir présidente. Au contraire de François Hollande, qui a fait une traversée du désert, suivi une cure d’amaigrissement, développé son propre programme, et s’était lancé alors que DSK était présenté comme l’archi-favori des sondages.

Le second tour

Une fois passé le premier tour, il faudra réussir le second. Là, le seul critère qui vaille est la capacité à battre la droite. Et là, l’histoire plaide largement en faveur de François Hollande. Jugez plutôt.

François Hollande : député de Corrèze dans une circonscription qu’il a reprise à la droite et qu’il a conservée en 2002 malgré le déplacement de Raffarin et Bernadette Chirac pour le battre ; maire de Tulle qu’il a reprise à la droite ; président du Conseil Général de Corrèze qu’il a repris à la droite ; victoire aux élections européennes de 1999 ; victoire aux élections régionales de 2004, après une nette progression aux élections régionales précédentes ; victoires aux municipales en 2008.

Martine Aubry : députée en 1997, elle laisse son siège après quelques jours pour devenir ministre ; maire de Lille  en 2001, elle succède à Pierre Mauroy (PS) ; battue par un UMP aux législatives de 2002 dans une circonscription de gauche réputée imprenable par la droite ; défaite aux européennes en 2009 ; une région de gagnée aux régionales de 2009.

Faut-il vraiment continuer ?

Quoi que l’on pense d’elle, Martine Aubry n’a pas l’expérience d’une campagne victorieuse où elle aurait chassé la droite. François Hollande le fait depuis plus de 20 ans.

Pour toutes ces raisons, le seul choix réaliste pour la victoire de 2012, c’est François.

  1. Dans la suite du billet, je parlerai de « notre candidat » sans « (e) » à la fin, pour simplifier []

Faire sa com’ politique sur le dos des enfants : la méthode Lafon

6 octobre 2011

"Touche pas à mon porc" : le slogan révélateur des soutiens d'Arnaud Lafon

Ainsi donc, le conseil municipal a voté, jeudi 29 septembre, la fin des repas différenciés dans les cantines scolaires de Castanet.

Depuis plus de 15 ans, ce système était en place sans que personne n’en demande la fin. Il permettait aux enfants d’avoir des repas sans porc et des repas sans viande. Arnaud Lafon, maire depuis 2001 (10 ans déjà), n’y avait jamais rien vu à redire.

Mais les élections législatives approchent. L’UMP 31 n’a encore investi personne dans la future 10ème circonscription. Alors Arnaud Lafon a dû vouloir donner des gages de sa compatibilité avec la frange la plus à droite de l’UMP, la fameuse Droite populaire.

Pourtant, il avait déjà montré aux dernières cantonales qu’il voulait bien du soutien de l’UMP. Mais cette fois-ci il a décidé de passer à la vitesse supérieure, peut-être pour être investi UMP et non « sans étiquette ». Et pour cela il faut frapper fort, et frapper en-dessous de la ceinture.

Pour cela, rien de tel que la stigmatisation des musulmans. Solution toute trouvée : mettre fin aux repas différenciés. Mieux encore : garder le système existant en juin, avec la signature des contrats CVQ tout au long de l’été, puis avertir les familles le jour de la rentrée, par un mot dans le cartable des enfants, de la décision de mettre fin à ces repas. Pas de discussion, pas d’explication. Et ajouter l’insulte en se drapant dans la laïcité.

La ficelle est franchement grosse. Mais elle a permis de faire sortir au jour les identitaires qui ont manifesté devant la mairie (voir photo ci-dessus) et ont assisté au conseil municipal (voir photo ci-dessous).

Un jeune homme avec un tee-shirt "Bloc identitaire" en conseil municipal

Oh bien sûr, Arnaud Lafon se défend de toute visée électoraliste, et de faire des appels du pied aux identitaires. Enfin quand on lance un pétard dans les égouts, il ne faut pas s’étonner d’en voir sortir les rats.

Alors il a quand même fallu une délibération du conseil municipal pour officialiser l’oukase. Et l’opposition a demandé des explications sur les raisons de ce choix, et les raisons de cette soudaineté et de cette brutalité. Pour les réponses, nous avons été servis :

  1. Arnaud Lafon a répondu en listant tout ce qu’il avait fait pour les écoles et leurs enfants depuis 2001 : aucun rapport avec le sujet, ça permet d’occuper du temps de parole et de jouer au « M’enfin vous pouvez rien me reprocher après tout ce que j’ai fait ! ».
  2. Béatrix de Veyrinas a répondu pour dire qu’elle ne répondrait pas.
  3. Franck Kritchmar a apporté son témoignage personnel1, indiquant ses origines, et qu’il avait mangé du porc à la cantine dans son enfance et qu’il n’en était pas mort. Franck Kritchmar est resté bloqué à la France des années 70 (au mieux). Il n’est pas au courant que les écoles ne fonctionnent plus de la même façon.
  4. Le pompon : Camélia Assadi. D’origine iranienne, elle était donc tout à fait qualifiée pour donner son avis… et parler d’elle-même. Une citation de Jaurès dénichée sur Internet au passage (on peut tout faire dire à Jaurès en en extrayant une phrase). Mais la perle a été son point Godwin : « Vous voulez savoir ce que ça donne quand on laisse entrer la religion dans l’école ? Allez voir ce qui se passe en Iran ! » Eh oui, nous n’avions pas compris que les parents, présents dans la salle, étaient des ayatollahs venus nous imposer leur loi ! Pourtant, je n’ai pas vu de voile intégral ce soir-là. Juste un foulard sur une femme. Bref, Camélia Assadi représente le degré zéro du débat politique.

Au final, personne n’a eu de réponse sur la vraie question : pourquoi maintenant, pourquoi sans consultation ni information préalable ? C’est bien la preuve qu’il s’agit d’une honteuse opération politique dans laquelle Arnaud Lafon fait sa communication politique sur le dos de 90 enfants de Castanet. Il peut être fier de ses nouveaux amis très « France aux français »2 Plus que jamais, vivement 2014 !

  1. C’est important cette dimension personnelle : chacun est un expert à partir de son cas particulier []
  2. Je ne mets pas de lien vers les blogs concernés, vous les trouverez par vous-mêmes : je refuse de leur faire la moindre pub. []

A l’UMP 31, l’homme est l’avenir de la femme

24 septembre 2011

Jean-Luc regarde le passé (source Le Monde)

Ainsi donc, comme personne ne le sait, Jean-Luc Moudenc est à la tête de l’UMP en Haute-Garonne. Et ce général sans troupes a annoncé récemment les candidatures de son armée d’ectoplasmes pour les législatives de 2012. Alors plus précisément, il s’agit des candidatures à la candidature : il ne pourra pas y avoir 6 candidats UMP sur la seule 4e circonscription, évidemment1.

Ça commence par une première blague : il n’y a que 4 circonscriptions sur les 10 où l’UMP 31 annonce des candidats à la candidature. C’est une bonne nouvelle pour la gauche s’il n’y a personne pour les autres ! Bon, pour la 10ème, on sait déjà qu’Arnaud Lafon se « guéanise »2 pour obtenir l’investiture, mais pour les autres, quel brillant inconnu présenteront-ils ?

Et ça se termine avec un feu d’artifice d’humour: sur la 3ème circonscription, Jean-Luc soi-même sera candidat, avec une suppléante. SAUF si Nicolas Sarkozy (l’homme qui traîne Karachi dans ses valises) n’est pas réélu, auquel cas il laissera sa place à sa suppléante. Quel courage, quelle conviction ! Il est l’homme de la 3ème circonscription, c’est certain ! Et on mesure bien la place qu’on accorde à la femme, à l’UMP : la potiche de remplacement. Bravo à Laurence Arribagé pour avoir accepté de jouer le rôle de la cruche de service, et ainsi contribuer au retour en arrière pour la parité en politique !

Laurence Arribagé, potiche

Laurence Arribagé, potiche

Aucun courage, aucune conviction, et l’utilisation des femmes comme des éléments de décoration : 3 raisons de ne plus jamais voter Moudenc !

  1. Encore que cela aurait un côté farce pas désagréable du tout []
  2. Il imite Claude Guéant, l’odieux ministre de l’intérieur, diplômé en chasse aux Roms et aux musulmans []

Premier débat des primaires : pour moi, c’est François

21 septembre 2011

Les candidats aux primaires citoyennes au premier débat

Jeudi 15 septembre, c’était le premier débat des primaires « citoyennes »1. Bien évidemment, tous ceux qui avaient déjà un candidat ont trouvé que leur candidat était le meilleur. Je ne ferai pas une entorse à cette règle : j’ai trouvé François Hollande très bon.

Des réponses claires sur les questions difficiles

Les sujets sur lesquels il était attendu étaient la création de postes dans l’Education Nationale et le nucléaire. Dans les deux cas, il a répondu clairement sur ces sujets. Pour les créations de postes dans l’enseignement, il a bien rappelé la place centrale de l’enseignement, et l’état de délabrement dans lequel il se trouve après les coupes budgétaires de Sarkozy. Mieux encore : il a choisi d’être interrogé sur le nucléaire, un point faible, afin de pouvoir exposer en toute transparence ses propositions.

Une autorité incontestable

Mais au-delà de ses réponses aux questions, c’est par son attitude et son refus de s’abaisser à dézinguer les autres candidats qu’il a montré sa stature. Un air sérieux, parfois austère, en étant capable de se détendre vers la fin. Et il a pris l’ascendant sur les autres candidats, particulièrement quand il a lui-même obligé les autres, particulièrement Martine Aubry, à se positionner par rapport à ses propres engagements sur le nucléaire : alors que David Pujadas laissait Martine Aubry se perdre dans ses explications, François Hollande a lui-même posé la question que Pujadas aurait dû poser.  Il s’est à ce moment imposé comme étant celui au centre du débat. Accessoirement, il a réussi un beau coup tactique en forçant Martine Aubry à consommer tout son temps de parole, ne pouvant répondre à une question sur le cannabis puis à la question sur DSK.

Bref, François Hollande s’est placé sur un autre terrain que celui de ses concurrents : le terrain de futur président, dont il montre qu’il en a carrure et l’autorité.

  1. On parle de primaires citoyennes et pas de primaires socialistes : Jean-Michel Baylet représente le Parti Radical de Gauche. []

La Rochelle 2011 : encore un bon cru

10 septembre 2011
UEPS 2011 : on a pensé le changement

UEPS 2011 : on a pensé le changement

Comme chaque année depuis que je me suis engagé au PS, j’ai participé à l’université d’été du PS. Il n’aura échappé à personne que le contexte médiatique et politique était sensiblement différent cette année : des primaires sont en vue, et les journalistes ont glosé à l’envi sur le bal des égos. Il faut bien que journalisme se fasse !

N’ayant pas le privilège (ou la charge, c’est selon) de faire partie des « proches de » quelque ponte que ce soit, et n’étant pas intéressé par les manœuvres d’appareil ou le recueil des ragots de couloirs, j’ai fait comme les années précédentes : j’ai participé aux ateliers. Et cette année encore, la richesse des thèmes abordée était passionnante.

Premier atelier, déception : l’atelier sur les nouveaux clivages a tourné à la séance de dénigrement du travail de Terra Nova en l’absence de celle-ci. On peut – et on doit ! – critiquer la note de Terra Nova sur la majorité à conquérir pour 2012, il n’en demeure pas moins que le minimum de correction exige de les inviter afin qu’ils puissent argumenter leur position. J’ai donc quitté l’atelier avant la fin.

Deuxième atelier : état de droit, de liberté et de sécurité. Très intéressant. J’ai depuis longtemps la conviction que l’échec de Sarkozy sur la sécurité doit nous conduire à réinvestir ce terrain, sans tenir des propos guerriers, mais au contraire en bi-conceptualisant à la Obama (on replace la question dans une optique plus large et plus orientée à gauche). Les participants ont bien montré la force de la gauche sur ce terrain. Mention spéciale au M. Sécurité du PS, Jean-Jacques Urvoas, dont le verbe porte juste, déconstruit les formules toutes faites de la droite, et frappe fort l’hypocrisie sarkozyste : m’est avis que nous avons notre ministre de l’intérieur pour le prochain quinquennat 😉

Dernier atelier (oui, je n’en ai fait que 3) : les PME. Plein de propositions et de remarques sur les PME. Certains au sein du parti répètent comme un mantra que les PME sont les principales créatrices d’emploi en France : à confirmer. Mais il faut en tout cas leur accorder toute notre attention, pour permettre un renouvellement des entreprises, et cesser d’avoir un quarteron de grosses entreprises vieillissantes qui trustent le haut du pavé. Dans ce débat, mention spéciale à Laurent Blaizac, directeur à Groupama-Banque, pour son exposé clair des problèmes de financement des banques. Et hors concours, Edith Cresson : dans le public de la salle, comme la vraie militante qu’elle est restée, elle est intervenue pour présenter aux intervenants son action en faveur de l’intelligence économique pour les entreprises, de façon claire et convaincante.

Et puis cette année, il y avait les réunions des différents candidats à la primaire. Elles avaient lieu en même temps que la réunion du PSE. J’ai donc dû rater cette réunion pour aller voir François Hollande. Il nous a fallu braver la pluie et être présent dehors 1h avant la réunion pour pouvoir nous serrer comme des sardines dans la salle. Mais cela en valait le coup. Un vrai discours de présidentiable, une ambition claire, le tout dans le respect des personnes, et accompagné de quelques jeux de mots bien trouvés. Plus que jamais, mon choix c’est François.

Premières erreurs pour les primaires

10 août 2011

Les primaires citoyennes
Les primaires socialistes sont bien lancées, et elles arrivent à leur phase de pause estivale. C’est le moment de faire un premier bilan d’étape, avant que le mois de septembre ne nous montre l’étendue des dégâts dans la mise en œuvre.

Le rôle du Premier Secrétaire

Martine Aubry se présente donc à la primaire. Au delà de ses qualités et de ses défauts, je considère que c’est une erreur de sa part. En faisant cela, elle agit pour elle, mais pas pour les primaires.

Les primaires ont pour objectif de départager des candidats placés sur un pied d’égalité. Ces candidats doivent montrer leurs différences de styles, leurs priorités, et les propositions qui leur sont propres.

Par définition, le Premier Secrétaire du PS n’est pas un candidat comme les autres : il a placé ses hommes au sein du bureau du PS, lesquels peuvent exercer d’amicales pressions sur les camarades qui voudraient ne pas soutenir ce Premier-Secrétaire-devenu-candidat. D’ailleurs, c’est un reproche qui est déjà fait. Bien au contraire, il devrait se placer comme garant de l’impartialité de l’appareil du parti dans le traitement de tous les candidats, sous l’œil vigilant de la Haute Autorité des Primaires.

Mais surtout, comment peut-il se distinguer de ses concurrents sur les propositions ? Le projet ayant déjà été adopté, le Premier-Secrétaire-devenu-candidat ne peut pas faire une proposition qui en sorte, puisqu’il a présidé à sa réalisation !

Le projet avant la personne ?

Et c’est ce sujet du projet qui est la plus grande leçon pour la plupart des camarades : le projet ne doit pas être élaboré avant le choix du candidat. C’est un non sens dans le cadre d’une primaire, si l’on veut départager des candidats sur leurs propositions et leurs priorités.

Soit on fait le choix de faire passer la réalisation du projet avant la désignation du candidat : dans ce cas, celui qui a présidé à l’élaboration du projet est le plus légitime pour être le candidat (argument de certains aubrystes qui visiblement n’aiment pas la primaire). Soit on fait le choix d’une primaire pour désigner le candidat, et dans ce cas le projet vient après. Romain Pigenel a bien raison de mentionner aux futurs électeurs qu‘ils pourront peser sur le projet, même si ça ne sera qu’à la marge.

Le rôle du Premier Secrétaire devrait donc être de préparer la réflexion en amont du projet, d’organiser les groupes de travail, les synthèses, éventuellement de faire voter les militants sur les grandes orientations, mais surtout pas de faire décider les mesures emblématiques ou les 30 propositions du PS !

Toute la gauche !

Initialement, les primaires devaient être les primaires de toute la gauche. Mais Martine Aubry a géré la négociation avec autres forces de gauche de façon particulièrement stupide : pensant préempter le sujet, elle a annoncé des primaires de toute la gauche avant même d’avoir vérifié que nos « partenaires » étaient d’accord. Ceux-ci se sont légitimement sentis piégés. Résultat des courses : ce sont les primaires du seul PS, avec le PRG qui n’existe guère au niveau national.

Il aurait fallu entreprendre des négociations avec les partenaires de gauche avant de faire l’annonce : il aurait suffi que les Verts ou le PCF nous rejoignent pour commencer à créer une dynamique, et obliger les autres à se positionner sur le rassemblement de la gauche avant le premier tour. Au lieu de cela, l’opération est apparue comme une volonté du PS de jouer l’hégémonie et de bouffer les petits partis.

Donc nous n’avons aujourd’hui que des primaires bancales : un corps électoral potentiellement large, mais une offre politique réduite au seul PS. Est-ce que cela garantira une participation large ?

Le mauvais calendrier

Dernier point : le calendrier. Il est ridiculement court.

Arnaud Montebourg avait proposé un calendrier de 6 mois de campagne, de janvier à juin, avec 4 votes, dont 3 dans une phase éliminatoire. Ca devait sembler trop compliqué, alors le dispositif a été grandement simplifié. Mais surtout, le calendrier a été adapté pour le Messie d’outre-Atlantique dont les fans attendaient le retour.

Du coup, Martine Aubry a lancé sa campagne fin juin, juste avant l’annonce de la nomination de Christine Lagarde au FMI et du remaniement gouvernemental. Ensuite, les vacances. Elle n’aura que septembre pour faire campagne.

A titre de comparaison, les Etats-Unis prennent les primaires beaucoup plus au sérieux. La campagne y commence généralement un an avant le premier vote, et les votes se font état par état, étalés sur 6 mois. Certes, il n’y a plus que 5 mois de campagne qui séparent la fin des primaires de l’élection présidentielle. Mais après avoir fait un an et demi de campagne des primaires, le candidat est plutôt bien préparé !

Alors qu’il ne voulait pas des primaires, François Hollande a bien compris l’enjeu de démarrer sa campagne tôt, lui qui a commencé depuis l’automne 2010. A l’inverse, Martine Aubry, qui a fait adopter ces primaires, n’a démarré que fin juin : au temps pour la préparation !

Et maintenant ?

Indépendamment du résultat de ces primaires, il est manifeste qu’il faudra apporter des ajustements à la procédure pour sa prochaine édition… s’il y en a une !

Le plus délicat sera évidemment l’élargissement à nos partenaires de gauche : il ne dépend pas du seul PS. Si le candidat PS fait un résultat assez fort au premier tour, les petits candidats seront tentés de rejoindre cette primaire en échange de sièges aux législatives, mais bien des barons du PS pousseront à ne pas les accepter pour faire cavalier seuls. A l’inverse, si notre candidat ne fait pas un résultat assez fort, le principe de la primaire pourrait même être remis en cause au sein de notre parti.

Le juge de paix sera donc le vote des Français le 22 avril 2012 !

Salettes-Manset : le mépris

7 août 2011

Le 4 juillet, le conseil de communauté du Sicoval a voté la levée de l’emprise de la déviation de Castanet, à la demande d’Arnaud Lafon, maire de Castanet-Tolosan, et de son voisin de Péchabou.

Voilà, en une ligne, enterré le travail qui avait été entamé avec Marie-Régine Bardoux, à qui Arnaud Lafon avait confié la responsabilité de trouver des solutions pour l’avenue Salettes-Manset par la concertation. Comment continuer une réflexion sur les solutions, alors qu’Arnaud Lafon montre qu’il a déjà décidé ?

Trois solutions pouvaient être étudiées : aménagement simple de l’avenue Salettes, réalisation intégrale de la déviation (qui serait partie de Péchabou en passant par Rabaudy), ou réalisation de la seule partie entre Péchabou et Salettes. Aujourd’hui, par le seul fait du prince, il ne reste plus que l’aménagement de l’avenue. Les associations de riverains doivent être encore plus heureuses qu’avant. Seule consolation : il n’y a plus d’hypocrisie possible, Arnaud Lafon montre sa volonté d’aller vite, sans s’embarrasser de ces râleurs de riverains.

Du coup, l’opposition quitte le groupe animé par Marie-Régine Bardoux : quelle utilité dorénavant pour cette coquille vide ? Même si Mme Bardoux semble faire contre mauvaise fortune bon cœur, il lui faudra bien regarder la réalité en face : sa demande d’interdire la circulation des gros convois dans l’avenue Salettes recevra une fin de non-recevoir pour cause d’absence de déviation. Ce groupe de travail ne sert plus qu’à décider de l’emplacement des plateaux traversants et des ralentisseurs : un travail de techniciens, pour lequel il n’y a pas vraiment besoin de l’avis des riverains.

Je ne voyais pas Arnaud Lafon comme un tenant de mai 68, mais force est de constater qu’il en a adapté un des slogans phares : « Concertation, piège à cons ! ». Vivement 2014 !